MADEMOISELLE DÉJAZET
briété d'ajustements, m^ais portés avec cette grâce, cette aisance qui n'appartiennent qu'aux femmes de tact et de goût exquis, se présente. A la vue du bon vieillard assis dans son fauteuil , l'émotion la gagne, son visage pâlit, ses jambes semblent se dérober sous elle ; elle s'appuie aux panneaux de la porte, elle cache son visage de son mouchoir... et des sanglots s'échappent de sa poitrine ; elle n'ose faire un pas de plus... elle n'ose plus entrer. Bérangor se lève, va à la charmante et sensible personne, lui prend la main avec bonté et lui demande qui elle est, ce qu'elle veut.
« Je suis Déjazet, lui répond l'artiste, et je viens vous demander la permission de vous embrasser, » ajoutet-elle en donnant un libre cours à ses larmes.
Le bon vieillard la prend dans ses bras, la rassure et la fait asseoir au coin du feu, avec cette bonhomie, cet esprit et cette grâce que lui connaissaient ceux qui avaient l'honneur de l'approcher : il lui parle du théâtre, de ses succès, du passé, du présent et beaucoup de l'avenir.
« Je connais votre bonté, lui dit-il ; vos camarades s'accordent à vanter votre cœur, vos enfants vous ruinent, vous êtes une excellente mère ; mais il est temps de songer à vous , pensez à vos vieux jours , mon enfant, l'âge nous surprend si vite. Vous avez gagné beaucoup d'argent, et vous n'avez rien. »
, Mademoiselle Déjazet écoutait le vieux poète tout en essuyant ses larmes, et prenant confiance à mesure qu'il parlait ; elle se prit à sourire et lui dit :
<c Vous ne venez jamais au théâtre : Lisette obtient 4)ourtant un grand succès.
— Oui, grâce à son interprète, interrompit-il.