‹ Mémoires sur Béranger: souvenirs, confidences, opinions, anecdotes, lettresChapitre 46 sur 117 · TRENTE FRANCS DB RBNTB · texte numérisé non relu

TRENTE FRANCS DB RBNTB

— £h bien, continua Déjazet, je viens pour vous chanter la Lisette du bon Frédéric Bérat *. »

Cette histoire ne vaudrait pas sans doute la peine d*être racontée, si elle ne laissait voir l'ascendant moral de cet homme si simple, produisant sur mademoiselle Déja2et , qu'on est peut-être trop habitué à considérer comme une femme spirituellement frivole, un effet tel que la vive et sémillante comédienne trouva en elle ce sentiment pénétrant d'admiration et de vénération qui semblait lui donner un nouveau baptême et en quelque sorte l'élever en cet instant au niveau de la nature sublime du poète.

Mademoiselle Déjazet n'a peut-être jamais tant apprécié le mérite de la vertu que ce jour-là. Peut-être était-ce aussi là la véritable cause de son émotion et de ses larmes.

Bonne Déjazet!

« J'aime ces natures-là, disait Béranger. C'est bon, humain, charitable, et n'a rien à soi. Combien de nos honnêtes gens ne les valent pas I >

Une femme âgée allait entrer dans un hospice où le gîte et le couvert lui sont assurés ; mais elle a des habitudes : il lui faut chaque jour pour un sou de tabac. Comment faire? Comme on disait cela devant lui, Béranger écrivit le lendemain à la fille, mère de famille elle-même, de la pauvre femme :

« Malgré les douze cents francs que j'ai jetés dans le » pot à tisane cette année (1844), ce qui m'empêchera

* Bérat devait à Béranger remploi qu'il occupait à la Compagnie Parisienne du gaz lorsqu'il mourut.

Page 1