LE FAUX BOTTIER
de ces bons cuirs de Bourgogne comme autrefois. J*ai un de mes amis, un cordonnier qui fait des vers, qui prétend que cela tient à ce qu'on ne laisse pas les cuirs assez longtemps dans les fosses, qu'on emploie des acides qui, au lieu de nourrir les peaux, brillent les nerfs et vous donnent alors un cuir sec et dur. On nourrit les cuirs de chaux au lieu de les nourrir de tan.
— Cela se peut bien, monsieur, répondit le bourgeois de plus en plus gêné.
— Dame! écoutez donc, c'est à vous à savoir ça; vous en répondez auprès de la pratique.
— Sans doute, monsieur.
— II paraît que les cuirs de la Belgique sont de beaucoup, supérieurs aux nôtres , du moins en ce qui concerne le tannage , et même la corroicrie. A quoi cela tient-il î
— Je ne saurais vous le dire, monsieur.
— Jfe suis frappé cx)mbien les gens sont peu au courant des choses mêmes qui les intéressent le plus, continua le chansonnier. On prétend que cela tient à la qualité des eaux et des aluns qui abondent dans ce pays. Les veaux de Bordeaux... Ici Bérange/ se tourna vers ses bottes : Vous m'avez mis du veau Millaud pour empeigne, au moins?
— Oh! oui, monsieur, de véritable veau de Bordeaux, répondit le commis improvisé, heureux de pouvoir placer une parole à propos , mais ne comprenant pas.
— On prétend que les veaux de Millaud sont les meilleurs?
— Oui, monsieur.
— Allons, c'est bien. Adieu, mon garçon. Vous ferez