LE THÉ FRANÇAIS
mes compliments à François... Tenez, preilez ça, vous boirez un coup à ma santé. Quand on vient de si loin,^ on a besoin de se rafraîchir. »
Et le pauvre bourgeois, suant de malaise. et de gaucherie, ne sachant plus guère ce qu'il faisait, quitta le grand poëte en emportant vingt sous de pourboire que Béranger lui avait glissés dans la main. Depuis,' cet homme reconnaissant mêla cette pièce d'argent aux breloques qui accompagnent la chaîne de sa montre, et, horûme d'esprit, il s'en vante.
La faculté de s'assimiler les choses est le propre des grandes intelligences ; il parlait tout à l'heure des cuirs, maintenant il va parler du thé.
« En 1811, disait-il, l'empereur avait envoyé un horticulteur en Corse pour essayer l'acclimatation de ce végétal, qui y réussit admirablement. Seulement on s'aperçut bien vite d'une chose, c'est qu'on n'avait pas ^ Tart de le préparer. Ces moyens de préparation sont restés jusqu'à ce jour le secret des Chinois. Il fallut donc renoncer aux avantages réels que cela aurait produits à notre continent, et qui auraient quelque peu contrarié nos voisins d'Angleterre, qui consomment à eux seuls pour trente millions de thé par année. »
Un horticulteur français, M. Lecoq, qui a découvert le moyen de la fabrication des Chinois, adressa à Béranger du thé recueilli et fabriqué par lui sous le nom de thé français. Voici la réponse qu'il en reçut immédiatement :
« Monsieur, » Vous me pardonnerez sans doute de ne vous avoir