‹ Mémoires sur Béranger: souvenirs, confidences, opinions, anecdotes, lettresChapitre 5 sur 117 · LES DETTES · texte numérisé non relu

LES DETTES

lions (les esprits faux, des talents hargneux et souvent ingrats.

Béranger n'a jamais su se borner à Téloge; il connaissait le néant des admirations. Esprit positif autant qu'homme de sentiment, il s'enquérait, surtout, de votre position, de votre manière de vivre, de vos ressources. Il me rendit successivement plusieurs visites. Je venais de publier, dans la Revue indépendante, les Barrières, et je crois aussi l'Heure du supplice. J'arrivai un matin dans la mansarde du poëte, justement comme il achevait la lecture de mes vers. Après avoir causé de diverses choses :

«Ah çàl dit-il, vous paye-t-on, à la Remie indépendante?

— Avec quoi voulez-vous qu'on me paye? répondis-je; ils n'ont pas d'argent,

— Et puis, fit-il en souriant, il n'est pas dans l'usage des journaux de payer les vers. Cependant cela fait perdre du temps, ne serait-ce que celui qu'on met à écrire, sans compter aussi celui qu'on passe à rêver.

— En fait de rêves , répondis-je , je n'en fais que quand je dors.

— Avez-vous des dettes?

— Non.

— Où en êtes- vous de votre loyer?

— Je dois un terme.

— Eh bien, mon garçon, il faut payer.

— Sans doute.

— Quand on doit à son propriétaire, cela gêne ; on n'ose même plus passer devant son portier; on n'est plus chez soi, et cela compromet les lettres, qu'il retient par malice quand il ne les refuse pas au facteur, ajouta-t-il.

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