‹ Mémoires sur Béranger: souvenirs, confidences, opinions, anecdotes, lettresChapitre 6 sur 117 · LA CRITIQUE · texte numérisé non relu

LA CRITIQUE

Vous n'avez pas cela h craindre du vôtre, qui paraît beaucoup vous aimer.

— Et qui n'a pas manqué l'occasion devons dire que je devais un terme, rcpondis-je en riant à mon tour.

— C'est ma faute , répliqua-t-il ; je l'ai interrogé. — Écoutez, Lapointe, je suis vieilx ; j'ai de petites économies, et n'ai plus qu'un bonheur, celui de partager avec mes amis. Ne me privez pas de ce bonheur-l&. Prenez ceci, et payez, » continua-t-il en me remettant deux cents francs en or, enveloppés d'avance dans un chiffon de papier. Ce n'était donc pas un protecteur, c'était un ami qui venait en aide à un ami moins heureux. Voilà quel était son tact, quel était son cœur. On en verra bien d'autres par la suite, et de toutes sortes.

Je sortis de la mansarde comme enivré d'orgueil, le seul que j'aie jamais eu de ma vie : Béranger me mettait au rang de ses amis!

Un autre jour, il me retint une longue matinée à m'entretenir de mes vers. Il les avait en partie notés. Sa critique fut des plus élevées, des plus judicieuses et des plus sévères. Il me parlait, tournant comme toujours le dos à la croisée. J'étais assis en face de lui, recevant la lumière en plein sur le visage. A mesure qu'il me parlait, il observait ma physionomie, qui exprimait Timpatience et le mécontentement. Jusque-là je m'étais cru à l'abri de toute critique, je m'étais cru un personnage ; ses observations me confondirent. Je sentis comme un poids extraordinaire sur mes épaules; mon cerveau s'embarrassa à le suivre ; mon visage était empourpré. Je laissai tomber mes bras sur les bras du fauteuil dans lequel je m'affaissai, et je ferçiai les yeux comme foudroyé sous le poids de ses remarques. Mon anéantis-

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