LE THÉ FRANÇAIS
D pas remercié plus tôt de Tessai de thé que vous avez » bien voulu me faire parvenir, quand vous saurez que » n*axant de la vie fait usage de thé, j'ai dû soumettre » le vôtre, monsieur, à l'examen de juges compétents.
» J'ai recueilli les voix , et toutes sont à la gloire de » votre fabrication. C'est un bonheur pour moi de vous » tpansmettre les avis des différents appréciateurs, car » j'ai du moins compris, sans déguster le produit de » votre découverte, tout l'avantage que la France en » pourrait retirer, si l'on s'empressait d'en établir des » manufactures dans les parties de la Corse que vous » désigneriez.
» Je souhaite, monsieur, que vos efforts reçoivent le » prix qu'ils méritent si bien; il est malheureusement » très-rare que, chez nous, les inventeurs aient la ré- » compense de leurs travaux. On laisse toujours h nos » voisins le temps de le faire avant nous, l'honneur de » ce qu'ils nous dérobent. Puissiez-vous , monsieur, » dans l'intérêt même de notre industrie, recueillir le » fruit de tout ce qu'a dû vous coûter de peine, d'inves- » tigations et de réflexions, ce secret dérobé à la Chine.
» Croyez, monsieur, U tous les voeux que je fais pour » cela, en regrettant d'être un homme sans aucune va- » leur en science et en industrie ; aussi ne puis-je être » que très-reconnaissant, monsieur, de l'honneur que » vous avez bien voulu me faire en attachant quelque » prix à mon opinion.
» Recevez-en l'assurance , monsieur, et celle de la » considération toute dévouée avec laquelle j'ai l'hon- » neur d'être,
» Votre très-humble serviteur,
HO ESCOUiSSE ET LEBRAS
Personne, jusqu'à sa dernière heure, n'a plus aimé la jeunesse, ne lui a plus prodigué d'intérêt et d'encouragements. Il m'entretint un jour des malheureux Escousseet Lebras. Il avait peu connu ce dernier; mais il ne pouvait parler d'Escousse sans une sorte d'attendrissement. Le lendemain du succès de Farruck le Maure, Béranger lui avait dit , pour tenir le jeune homme en garde contre l'orgueil qui ferme les issues au développement du talent : « Ah çàl j'espère que vous n'allez pas vous croire un grand homme, au moins? » On voit par la lettre d'Escousse avant de mourir, la vénération qu'il portait à Béranger. Mon maître m'a dit encore : « Escousse s'est tué par la conviction qu'il était au bout de son talent. C'est le désespoir de son impuissance qui l'a fait se suicider. »
Il dit dans une note : « Son malheur fut celui qui menace plus ou moins beaucoup d'hommes de son âge. Dans l'espèce de serre chaude où nous vivons, la raison d'Escousse avait acquis une trop prompte maturité. Une tête ainsi faite, sur un corps d'enfant, n'est bonne qu'à flétrir la jeunesse. Quand celte précocité n'est pas le rare effet d'une organisation particulière, elle produit un besoin de perfection qui, ne sachant à qui s'en prendre, désenchante la vie à son plus bel âge. Je n'attribue qu'à une sorte de découragement la résolution de ce malheureux et intéressant jeune homme. »
Voici les vers qu'ils laissèrent à leur ijiort :
Adieu, trop inféconde terre.
Fléaux humains, soleil glacé !
Comme un fantôme solitaire, Inaperçu, j'aurai pass<^.
HÉGÉSIPPE MORBAl 4H
Adieu, vous, palmes immortelles.
Doux songes d*une âme de feu ; L*air manquait, j'ai fermé les ailes, Adieu!...
Et vers le ciel, se frayant un chemin.
Ils sont partis en se donnant la main.
Parmi les jeunes gens si aimés du bon vieillard, il en est un qui» en admirant le poêle, semble ne pas avoir compris son cœur : je veux parler de Fauteur du Myosotis
Des poésies de lui remises par M. Lebrun à Béranger étaient loin de promettre alors ce qu'il a donné depuis. « Ces poésies ne sont pas excellentes , dit-il à M. Lebrun; c'est égal, il faut me l'adresser. Nous verrons à quoi il est propre ; il ne faut pas qu'il meure de faim. » . Moreau vint un jour à Passy. Béranger le fit asseoir, l'interrogea longuement sur ce qu'il entendait faire. « Il vous faut d'abord une position indépendante, lui dit-il, songez que j'ai été douze ans expéditionnaire. »
Moreau ne répondit pas.
« Je songe à vous placer à l'imprimerie royale à côté de Lebrun. » Moreau se leva pour partir. Béranger lui tendit la main. Moreau retira la sienne et se sauva plutôt qu'il ne partit. « Moi, qui ai une clef d'or pour ouvrir le cœur des jeunes gens , disait Béranger , je n'ai pu ouvrir le cœur de celui-là. » Il ne le revit plus. Béranger ne m'en a jamais dit la raison. Je la sais, moi : c'est l'orgueil. Hégésippe Moreau était de la famille des Renéj qu'on ne s'y trompe pas.
Il ne resta qu'un mois à l'imprimerie royale.
Ce n'est que par la voie des journaux que Béranger