‹ Mémoires sur Béranger: souvenirs, confidences, opinions, anecdotes, lettresChapitre 56 sur 117 · LE GARÇON PATISSIER · texte numérisé non relu

LE GARÇON PATISSIER

Et lui-même il m'en raconta une autre à ce sujet : tt Nous faisons beaucoup de bruit de notre petit mérite, et nous en recevons parfois de singulières confirmations, lesquelles nous donnent bien la mesure du prix qu'il faut attacher à certaine popularité. Nous attendions plusieurs personnes à dîner. Judith avait commandé une tourte. L'heure venue, le mitron arrive. C'était un jeune homme de vingt-cinq ans.

— Monsieur, me dit-il , quand il eut posé sa tourte sur la table, vous êtes chansonnier?

— Oui, mon garçon.

— Vous ne faites pas trop mal la chansonnette, à preuve que j'en sais quelques-unes des vôtres par cœur.

— J'en suis bien flatté, mon garçon.

— Monsieur, je vais me marier dans quelques jours, ne pourriez-vous me composer quelques couplets pour la circonstance? Je suis sûr que vous nous tournerez bien ca.

— Je suis très-reconnaissant de votre bonne opinion , mais je ne fais pas de couplets de noces.

— Pardonnez-moi, monsieur, vous en avez fait pour la noce de M. Wilhem. Vous avez peut-être peur que je ne vous paye pas. Voulez-vous dix francs, en voulezvous quinze?

— Merci de votre générosité, mon ami; mais j'ai perdu l'inspiration.

— Ah ! c'est dommage. .. En ce cas-là , je vais aller trouver le gros Fleury, qui chante aux Champs-Elysées. Pour dix francs, lui, il me fera dix couplets. Adieu, monsieur.

— C'est encore la conséquence du genre, disait Bé-

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