LES CHANTEURS DES RUES
ranger. Ce jeune homme n'aurait pas demandé cela à un auteur tragique, encore moins à un éiégiaque. » Il riait à l'idée d'avoir été comparé au beAiu Fleury, un saltimbanque qui chantait dans les rues, habillé en Turc en s'accompagnant d'un tambour de basque. « Quel soufflet à ma vanité! » disait-il.
Parmi les ovations de toutes sortes qu'il reçut en \ 848, et dont il était accablé, je pourrais même dire ennuyé, il en est une qui resta toujours dans sa mémoire. Déranger faisait partie, à l'Elysée, de la commission des secours, dignité non lucrative, mais qui convenait à son cœur.
Un matin, à peine était-il arrivé, qu'on vient lui annoncer une ovation nouvelle; Béranger prend de l'humeur... bientôt son cœur s'attendrit : ce sont les chanteurs des rues, joueurs de violon, de vielle, de clarinette et joueurs d'orgue, qui viennent suivis d'enfants, de vieillards infirmes et d'aveugles; c'est enfin la mendicité chantante et musicienne, les bohémiensy qui viennent saluer le roi de la chanson, et qui se glorifient de l'avoir pour patron. Ils étaient au nombre de huit cents, les malheureux! Béranger se présente et se mêle à tous ces pauvres gens, qui l'appellent, en faisant éclater des transports d'enthousiasme. Béranger, la tête nue , le visage rayonnant, le regard paterne, écoute avec attendrissement le discours d'Aubert, le doyen des chanteurs des rues, parlant en leur nom. Le discours fini, les deux vieillards s'embrassent; mille acclamations remplissent l'Elysée. C'est à qui approchera de Béranger. Il y a parmi eux beaucoup d'aveugles :
« Où donc est M. Bérangier? disaient-ils; qu'il passe