‹ Mémoires sur Béranger: souvenirs, confidences, opinions, anecdotes, lettresChapitre 58 sur 117 · LES MUSICIENS AMBULANTS · texte numérisé non relu

LES MUSICIENS AMBULANTS

au milieu de nous, que nous le touchions, au moins, nous à qui est refusé le bonheur de le voir ! »

£t ces pauvres gens lui saisissaient les mains au passage; d'autres baisaient ses vêtements. Après les aveugles, venaient les mères, qui, plaçant leurs enfants devant elles, appelaient sur eux les bénédictions du vieillard :

« Bénissez nos enfants , monsieur Béranger, bénissez-les, ça leur portera bonheur I » s*écriaient-elles à genoux en joignant les mains, et faisant agenouiller leurs enfants.

«Bonjour, monsieur Béranger! bonjour, monsieur Béranger I » s'écriaient les pauvres aveugles en le cherchant des mains ; d*autres, silencieux, laissaient tomber d'abondantes larmes de leurs yeux éteints.

Les aveugles voyaient, les boiteux marchaient, et tous se retirèrent en faisant entendre ce concert d'allégresse : Les gueiuD, les gveuoî, sont des gens heureux.

Et le bon chansonnier, embrassé, touché, sollicité, pressait les aveugles dans ses bras, serrait la main des vieillards, bénissait les enfants, donnant à tous l'allégresse et l'espérance. Voilà de quelle vénération était entourée la réputation de Béranger! Quand elle se manifeste dans le peuple, cette vénération, ce n'est jamais par des discours, c'est par des cris chaleureux ou des pleurs. La foule, qui n'entend rien à l'art des orateurs, est éloquente à sa manière; Béranger ne l'a jamais tant compris que ce jour-là. Ce fut un de ses jours de bonheur.

Il en eut un autre encore quelques années plus tard, alors qu'il demeurait rue d'Enfer. Il passait avec un

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