LA GLOSERIE DES LILAS
ami près de la Closerie des lilas^ bal public que paraient la jeunesse et les fleurs, et d*oii s'échappait une vive et allègre musique. Les deux promeneurs, moitié curiosité, moitié besoin de se rafraîchir, s'introduisirent discrètement dans celte enceinte de Terpsichore ; mais ils n'étaient pas entrés qu'une voix se met à dire : « C'est Déranger!... » et vingt voix, cent voix de répéter : « C'est Béranger!-.. c'est Béranger! » Les quadrilles sont rompus, l'orchestre se tait, et de belles jeunes femmes volent dans les bras du bon vieillard, l'embrassent tour à tour avec des marques du plus profond^ du plus sincère attendrissement, le couvrent de bouquets et de charmantes larmes et rendent à la vénération toutes les fleurs que l'amour leur a données.
(( Oui, disait Béranger, ils m'ont fait un grand plaisir, sans contredit, mais ils m'ont privé d'un grand bonheur : celui de les voir danser et se divertir. »
Ces touchants témoignages, que lui prodigua toujours une jeunesse enthousiaste, lui causaient les plus douces émotions.
En 1839, M. de Botherel, dont le nom a fait quelque bruit par suite de l'invention des omnibus-restaurants, avait projeté la fondation d'une sorte d'association culinaire qui offrait aux petits ménages la ressource de se procurer à peu de frais et de recevoir à domicile une cuisine saine et abondante, — suivant le programme trop souvent trompeur des pensionnats et des pensions bourgeoises. Cette fois, le fondateur avait de bonnes intentions et surtout le désir de réussir promptement. M. de Botherel envoya à Béranger, qui alors habitait ht Touraine, ses écrits sur la question, et le pressa de re-