‹ Mémoires sur Béranger: souvenirs, confidences, opinions, anecdotes, lettresChapitre 63 sur 117 · LA CHANSON DE DÉSAUGIERS · texte numérisé non relu

LA CHANSON DE DÉSAUGIERS

courtisait dans les folles heures et qui se produisait volontiers dans les mauvais lieux.

Quand Béranger fit sa connaissance, le bon Désaugiers, sans l'élever bien haut, avait pourtant déjà poli son langage, tout en lui laissant son entrain. Ce n'est encore qu'une épicurienne qui parle une langue moins triviale, voilà tout Mais sa philosophie ne se borne qu'à chanter l'insouciance, sorte d'égoïsme dont en vain elle veut faire une vertu.

Je n'ai pas d*or.

Mais trésor Plus cher encpr Me console et m'enivre :

J'ai la gaîté, J'ai la santé, Qui valent mieux que l'immortalité.

Quand on est mort c'est pour longtemps, Dit un vieil adage Fort sage.

Employons donc bien nos instants Et contents Narguons la faux du temps.

Béranger captive la chanson, borne son rire au sourire, lui fait faire connaissance avec l'histoire et Dieu, lui fait chanter non Mars mais la patrie, non Vénus mais l'amour, non Bacchm mais la gaieté, non le Vatican mais l'humanité. Elle est guerrière, elle est sensible, elle est religieuse; elle a pris le médium du langage pour passer du ton comique au ton naturel , du ton naturel au ton héroïque. Mais elle laissera de côté toutes les expressions obscurément savantes dont

Page 1