‹ Mémoires sur Béranger: souvenirs, confidences, opinions, anecdotes, lettresChapitre 68 sur 117 · BÉRANGER CHRÉTIEN · texte numérisé non relu

BÉRANGER CHRÉTIEN

là : je me suis contenté de rire de la livrée du catholicisme, est-ce là de Timpiété?

Ah 1 Dieu n*a pas leur cœur pour me maudire.

» Il y a un livre, disait-il, que j'ai passé ma vie à commenter : ce sont les Évangiles, toute Thumanité est contenue dans ces quelques pages : c'est le livre de la sagesse, de l'amour et de la charité.

Chrétien, au voyageur souffrant, Tends un verre d'eau sur ta porte.

Les dieux de sang et d'anathème ont disparu ; la France, protégée par ses droits civils, réunit toutes les croyances autour d'elle. Un clergé peu éclairé sur l'esprit du temps faisait de vains efforts pour reconquérir ce que le temps et la révolution lui avaient arraché; mettre en lambeaux le Code civil, immortel monument de l'empire, et fouler aux pieds le concordat, qui asservit les évoques en même temps qu'il les protège. De là ses luttes, sous la restauration, contre le parti libéral, appuyé sur le souvenir de nos gloires. Les évêques foudroyaient, les poètes chantaient , les orateurs discouraient. Béranger prit part à la lutte au nom de l'indépendance religieuse et de la liberté de conscience; il attaque en combattant, non pas l'Église, mais les serviteurs maladroits de Jésus-Christ. Plus qu'eux , il est chrétien.

L'humanité manque de saints apôtres Qui leur aient dit : Enfants, suivez sa loi :

140 DIEU n'est point colère

Aimer, aimer, c'est ôtre utile à soi.

Se faire aimer, c'est être utile aux autres.

Nos mœurs adoucies, épurées par le malheur, le peuple plus sensible, mieux instruit de ce qu'il doit aux autres, sourit au bon Dieu du chansonnier :

Pour vivre en paix vous ai-je en vain Donné des femmes et du vin?

Partout la présence d'un Dieu :

Je crois qu'il nous regarde vivre.

Porte-t-il son regard au delà du monde, le poète s'écrie :

Tout cet azur, tout ce globe de flammes, Que Dieu sema sur la route du temps.

Mais l'idée d'un Dieu qui partage nos colères, nos haines, nos petites et sottes passions, qui met le trône sur l'autel et l'autel sur le trône, le révolte :

Mais quelle erreur I non. Dieu n*est point colère. S'il créa tout, à tout il sert d'appui.

Vin qu'il nous donne, amitié tutélaire.

Et vous, amours, qui, créés après lui.

Prêtez un charme à ma philosophie Pour dissiper des rêves affligeants.

Béranger ne croit qu'à un Dieu , non à un Dieu de vengeance. Il dira aux hébétés de la foi :

Est-fl besoin que votre dieu jaloux,

De son enfer vienne effrayer nos larmes !

LE DIEU DES BONNES GENS 44i

et chantera avec les bons, les justes , le Dieu de la nature, le Dieu des faibles, des opprimés, des plaisirs, si on le veut; mais aussi le Dieu de la clémence, de la justice et de la charité. Sauvons-nous par la charité. Il chantera enfin le Dieu des bonnes gens; non le dieu fétiche , non le dieu crocodile , non le dieu Apis , non le vieux lanceur de foudres, non Tégorgeur Tentâtes, non le dieu brûleur, inquisiteur ou rôtisseur :

Humanité, règne ! Voici ton âge Que nie en vain la voix des vieux échos .

Déjà les vents, au bord le plus sauvage, De ta pensée ont semé quelques mots.

Paix au travail! paix au sol qu'il féconde!

Que par Tamour les hommes soient unis.

Plus près des cieux qu'il replace le monde ; Que Dieu nous dise : Enfants, je vous bénis !

Et toi, France I

Pour éveiller le monde à ta lumière, Dieu t*a dit : Brille, étoile du matin 1

Puisqu'il faut mourir, eh bien :

N'attendez plus ; partez, mon âme !

Doux rayon de l'astre éternel ; Mais passez des bras d'une femme Au sein d'un Dieu tout paternel.

Enfin, dit-il, sacrifions au Dieu des bonnes gem^ puisqu'il est le dieu du peuple. Voilà en quoi, pourquoi et comment, Béranger est déiste.

Le général Sébastiani. — L'amour de la pauyrelé. — Jacques Laffitte.

M. Bérard.

Un ministre veut m'enrichir, Sans que Thonneur ait à gauchir, Sans qu'au Moniteur on m'affiche.

M. le général Sébastian! venait d'être frappé de paralysie. Béranger allait rendre au minisire de la guerre une visite de condoléances.

Le général était sur son lit et souffrait beaucoup. Béranger entra. M. Sébastiani flt signe à ses gens de se retirer. Le malade et le visiteur demeurés seuls :

c< Je souffre beaucoup, dit le général.

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