‹ Mémoires sur Béranger: souvenirs, confidences, opinions, anecdotes, lettresChapitre 69 sur 117 · LE GÉNÉRAL SÉBASTIAN · texte numérisé non relu

LE GÉNÉRAL SÉBASTIAN

— Vos blessures, dit Béranger, vos souvenirs de gloire.

— Merci, répondit le ministre de la guerre, vous avez toujours quelque baume au service de vos amis, même pour les plus riches. Au moins, moi, je puis me faire soigner; j*ai du monde à mes ordres; mais vous, Béranger, si un pareil malheur vous survenait , chose qui n*est pas impossible, que feriez- vous, avec vos trois ou quatre mille livres de rente? Ce qui m'arrive, à moi, doit être un avertissement pour vous. Et lui tendant la main, que lechansonnier prit dans la sienne, il ajouta : Vous connaissez ma fortune ; j'ai dû songer à vous dans mes dernières dispositions. Mais sachant que vous avez refusé l'héritage que Manuel vous légua, j'ai renoncé à vous mettre sur mon testament.

— Vous m'enterrerez, général.

— Ah 1 mon cher ami, je suis bien malade, fit le général Sébastiani en se retournant su r le côté. Voyons, mon bon Béranger, il faut bien faire quelque chose pour ses amis. Je vous déclare que je ne mourrai pas tranquille, si je vous laisse pauvre après moi. Madame de Praslin est riche par elle-même; je ne ferai donc pas de tort à mes enfants. Écoutez, j'ai là, dans mon secrétaire, quelques petites économies, quelque chose comme deux cent mille francs : partageons, acceptez-en la moitié. C'est un vieil ami , un vieux soldat qui vous les offre, et qui vous jure sur sa croix d'honneur que personne ne saura rien du plaisir que vous m'aurez fait d'accepter.

Le poëte crut devoir refuser :

Gardez vos dons ; je suis peureux ;

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