LE LEGS DE MANUEL
Mais si d'un zèle généreux
Pour moi le monde vous soupçonne,
Sachez bien qui tous a vendu ;
Mon cœur est un luth suspendu :
Sitôt qu'on le touche il résonne. *
. Dans un legs considérable que lui laissa Manuel, rhomme qu'il paraît avoir le plus aimé au monde , le chansonnier ne prit que la montre et demanda une place dans le tombeau de cet ami.
Nous l'avons déjà dit, il entrait dans les calculs de Béranger de ne rien recevoir d'hommes haut placés dans l'administration. Certains amis pourtant ^ comme M. Quénescourt , semblent avoir rendu quelques services à sa jeunesse. En général, comme Béranger s'exagère toujours l'importance des services à lui rendus, il les évite par la peur qu'il a de ne pouvoir acquitter ses dettes, par la raison qu'il sait aussi combien chacun est porté à exagérer les services qu'il rend.
Il est vrai que ses illustres rapports avec de grands personnages lui ont valu d'étranges soupçons de la part même du peuple, qui s'imagine volontiers que du moment qu'on approche des grandes tables, on doit fourrer quelques débris du festin dans ses poches. Que de fois me suis-je entendu dire : « Laffitte fait une pension à Béranger, n'est-ce pas? » D'autres : « Béranger ne dit plus rien; cela se conçoit, Louis-Philippe lui fait une pension. »
« Je tiens, dit-il, à ce qu'on sache bien qu*à aucune époque de ma vie de chansonnier, je n'ai donné le droit à personne de dire : Fais ou ne fais pas ceci ; va ou ne va pas jusque-là. Quand je sacrifiai le modique emploi