‹ Mémoires sur Béranger: souvenirs, confidences, opinions, anecdotes, lettresChapitre 74 sur 117 · LB GRENIER · texte numérisé non relu

LB GRENIER

Objet ohéril quand mon renom futile De vos vieux ans charmera les douleurs, A mon portrait, quand votre main débile Chaque printemps suspendra quelques fleurs, Levez les yeux vers ce monde invisible Où pour toujours nous nous réunissons...

Une Lisette inspira-t-elle jamaîë un pareil sentiment? fit-elle jamais éclater de si nobles accents? et le vieillard autant vénéré qu'aimé aurait-il pu présenter aux jeunes gens cette Lisette vieillie, qui n'aurait plus été que le souvenir des meilleures heures de sa vie, sans doute, mais avec lequel il est convenu qu'on ne doit jamais faire ménage? Pauvres Lisettes, grisettes ou lorettes, vous êtes délaissées, même des plus indulgents, même des meilleurs, pour aller finir dans quelque hôpital ou dans un obscur grenier, dans celui qu'a chanté le poète, peut-être. Mais vous n'avez été pour lui qu'une fiction, un prétexte, un cadre, à sa gaieté. S'il rit des infidélités de Lisette f il pleurera avec Frétillon :

Cette fille Qui frétille Mourra sans un cotillon.

Tous les jours du chansonnier n'ont pas été bons ; il a eu ses jours de plme et de soleil ^ Thabit râpé : Depuis dix ans je te brosse moi-même; il a eu ses jours où il vivait de pommes de terre et de panade qu'il faisait le plus souvent lui-même, dans son grenier de la rue de Bondi, qu'il chanta à vingt ans de distance; il passe un jour avec un ami devant cette demeure dont la iènêU'e donnait sur le boulevard : «Ah ! dit-il, c'est là. .. nous étions

Page 1