JEUNE ET VIEILLE
heureux alors... » Et voilà la chanson du Greimr quinait d'un souvenir. La jeune amie a partagé les hauts el les bas de la fortune, les espérances et les déboires du rêveur. Elle chantait gaiement ses chansons, et même lui cherchait des airs pour ses sujets. Béranger lui en a dû un grand nombre. Il la consultait sur toutes choses, avait la plus grande confiance dans son bon sens, qui n*a jamais failli. On était jeune, sans grande ambition, que celle d'un peu de gloire. Le poète racontait aux veillées des histoires à faire évanpuir les jeunes filles de peur. Il touchait k la fin de chaque mois ses appointements de rinstitut; mademoiselle Judith travaillait^ passait souvent les nuits à raccommoder les chaussettes et les chemises du chansonnier. Le dimanche venu, les souliers cirés, le chapeau brossé, quelques rubans dans un joli bonnet, la mine enjouée, fraîche, blonde, les deux jeunes gens allaient cueillir les groseilles aux prés Saint-Gervais, et le soir danser et dîner à Clle d'amour; et pendant ce temps-là la réputation venait, en attendant la célébrité.
La première fois que j'ai eu l'honneur de voir mademoiselle Frère, c'est dans la rue Vineuse, à Passy. Comme Béranger, elle avait conservé la mode d'un autre âge. Un tour blond foncé, frisé à l'anglaise ; un bonnet à barbe en dentelle, avec serre-tête en dessus ; une robe de soie gorge de pigeon faite en douillette, l'air imposant d'une personne qui se respecte et respecte ceux qui l'entourent, les manières polies, la voix douce, le regard pénétrant, telle m'apparut mademoiselle Judith Frère, et telle je l'ai connue jusqu'à son dernier jour. Elle était d'une discrétion extraordinaire sur ce qui touchait les actes et la vie de Béranger. Pourtant