‹ Mémoires sur Béranger: souvenirs, confidences, opinions, anecdotes, lettresChapitre 78 sur 117 · CONSEILS · texte numérisé non relu

CONSEILS

— Gros, c*est possible ; bon, c'est autre chose.

— Le public choisira.

— Prenez garde» vous vous entêtez; vous allez faire une école.

— Ma foi, tant pis 1

— Mauvaise raison, qui laisse toujours des regrets. » Je le quittai, résolu de mettre sous presse. Quelques

jours après, je recevais une lettre, témoignage touchant de sa bonté et de sa sollicitude. Il m'avait dit sa pensée ; je persistais ; il ne songeait plus qu'à me soutenir de son crédit. Il m'adressa cette lettre, pour qu'elle fût imprimée dans mes poésies. C'est la lettre d'un père inquiet pour les premières armes d'un fils.

Quand, en 4850, je publiai mon petit volume des Échos ik la rue^ que je lui dédiai, il eut une tout autre opinion : « Yoilà un petit livre, disait-il, qui n'aura pas de succès, malgré les excellentes choses qu'il contient et auxquelles on ne rendra pas justice. »

Je reçus quelques jours après mon envoi la lettre suivante :

« Mon cher Lapointe, j'ai lu très-attentivement votre petit volume et j'ai toute sorte de compliments à vous en faire. Il contient d'excellentes choses et porte un cachet d'originalité qui, selon moi, doit en assurer le succès. Il y a du cœur dans toute cette poésie, bien réellement populaire, que je voudrais voir apprécier par tout le monde comme je l'apprécie moi-même, aussi en parlé-je à toute occasion et de façon à en faire saisir le mérite particulier.

» Malheureusement je n'ai plus de relations avec les

LETTRE d'ami 461

» journaux et je ne sais comment m*y prendre pour scr- » vir au succès de votre publication. Votre dédicace me » gêne, et si vous m'aviez consulté, je vous aurais » détourné de me donner ce témoignage d'amitié. Ce » qu'il y a de curieux, c'est que j'avais lu le tiers du vo- » lume sans avoir remarqué mon nom sur la couverture » et la dédicace qui en fait l'ouverture.

y> J'ai déjà distribué bonne partie de ma douzaine; » je compte qu'il m'en faudra d'autres.

» Lamennais, avec qui j'ai parlé de vos vers, ne les » avait pas encore reçus. En avez-vous envoyé au moins » un exemplaire à madame Sand? Cela serait conve- » nable, il me semble. J'ai regretté que vous n'ayez pas » pensé à faire quelque chose pour l'auteur du Champi » et de Fttdette. Cela vous allait à merveille.

» Si vous êtes libre dimanche prochain, vous devriez » venir dîner. Nous vous attendrons jusqu'à six heures.

» Je vous aurais écrit plus tôt, mais j'ai eu besoin de » Vernet pour m'assurer de votre numéro.

^ En vous attendant, tout à vous.

> Vendredi, 11 octobre. »

Ce livre, défectueux en beaucoup de points, eut cependant un très-grand succès. Je le dois en partie aux hautes sympathies qui l'ont entouré. Béranger n'en fut pas dupe; il me dit le mot qu'il avait dit au malheureux Escousse : « N'allez pas vous croire un grand homme. » Il me dit cela à l'occasion d'une lettre de Silvio Pellico, que je venais de recevoir en réponse de l'envoi que je lui avais fait de mon livre, ce qui me causait quelque vanité en raison de la réputation de son auteur.

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