IG2 SILVIO PELLICO
« Monsieur,
» Le don que vous me faites de votre livre est un » témoignage de bienveillance que j'apprécie infiniment, » monsieur; pardonnez-moi le retard que j'ai mis à vous » en remercier. J'ai lu et admiré vos vers, j'ai admiré » votre culture, votre âme forte et noble. Il est beau de » voir une intelligence si développée et si puissante dans » un homme qui gagne humblement son pain, exerçant » un métier. Vos compositions ne me laissent à désirer » qu'une chose : donnez plus souvent à votre lyre les » sons divins de la religion, de notre belle et sainte » religion qui est l'amie des pauvres. Vous brûlez d'en- » noblir, de consoler les classes laborieuses; entourez- » les, comme vous le faites, de votre compassion et de
» votre amour, mais que vos plaintes fraternelles respi- » rent mofns l'irritation dangereuse et hyperbolique du » tribun. Ne leur faisons pas considérer la généralité » des riche§ comme des ennemis, les différences sociales » comme une abomination. Tonnez contre les mauvais » riches et plaisez-vous à peindre les bons. Craignez » d'exaspérer; la haine n'est pas salutaire, soyez plutôt » infatigable à relever le pauvre, à montrer la sublimité » du pauvre qui travaille sans haine, qui aime, qui » sourit des vanilés, qui partage son pain avec d'autres )► infortunés, qui pratique héroïquement l'Évangile, qui » s'instruit sans ostentation , sans ambition , sans se » laisser corrompre par les livres irréligieux. Oh ! que » vous ferez du bien ainsi! —J'ignore si vous êtes catho- » lique, je le suis et je vous parle comme à un frère. » Vous ne serez pas étonné de mon langage. — Adieu, » mon cher monsieur, je vous souhaite tous les bon-