CONDAMNATION 24T
et poursuivi de ses vers vengeurs tous les ennemis de ces libertés et de cette civilisation?
» Vous avez parlé de la Grèce 1 quels vers, plus que ceux de Béranger, ont rendu chère aux nations la cause -de la Grèce moderne; les massacres de Psara, la délivrance d'Athènes, Tombre d'Anacréon évoquée et récitant une poésie digne d*Anacréon lui-même? mais que dis-je? au moment même où il comparaît ici en police correctionnelle, où sa liberté est menacée, une sentinelle, dans les forteresses de la Morée, répète peut-être et son nom et ses vers pour exciter ses compagnons d'armes à la défense d'une si belle cause. (Bravos dans l'auditoire.)
» Mais il est un autre titre qui le recommande à tous les hommes généreux. De tous les sentiments, celui qui honore le plus les nations à leurs propres yeux, aux yeux de l'étranger, c'est le patriotisme, c'est l'amour du pays, la haine de l'invasion étrangère, Tamour des gloires de la patrie. C'est à faire naître, à réchauffer ce noble sentiment que notre poète excelle. Oui, Tamour de la patrie, l'amour de la France, voilà ce qui, dans ses vers, au milieu des banquets, ou des rêveries de la solitude, a "fait battre le cœur de ses concitoyens, voilà ce qui a fait son immense popularité. En quelque lieu qu'il se présente, en France, à l'étranger, il est sûr de trouver des admirateurs, des amis. vous, messieurs, qui devez représenter le pays, ne dites pas au roi qu'un tel homme n'a pour lui que des injures; ne dites pas au poète que les autres nations nous envient, que la France n'a pour lui qu'une prison. »
Le tribunal condamne Béranger à neuf mois de prison et à dix mille francs d'amende.
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Béranger à la Force. — Les enfants détenus. — M. Valette. — La liberté en prison. ~ Bérauger et Lacenaire. — Le bon porte-clefs. — Lt sortie de prison. — Les divers logements de Béranger.
On est bien partout où vous accompagne l'intérêt public, voilà pourquoi Béranger ne s'est jamais ennuyé en prison, pourquoi il s*y trouvait en quelque sorte heureux.
L'année 1829 le voit entrer à là prison de la Force. Cette fois , c'est une punition infamante qu'on veut essayer de lui infliger, pour frapper l'attention du public. Mais l'opinion prend la chose en sens inverse et maudit les juges qui jettent la plus noble lyre de la France au milieu des couteaux homicides et des fers avilis.