BÉRANGER A LA FORGE
En 1822 on avait essayé de tenter sa pauvreté par l'offre d'une place de censeur; en 1829 on lui dit :
Plie un genou, tes fers seront brisés.
Des amis lui conseillent de fuir; un asile lui est offert en Suisse ; il refuse :
Mon cœur n*a pu m'arracber à la France.
La prison s'ouvre; il entre. Le chansonnier entend alors une voix qui s'écrie : « Ah 1 que c'est beau , la rue! » Beau ! quoi? Des passants crottés, des maisons tristes, des pavés boueux. Qui donc peut professer cette singulière admiration pour une rue, surtout voisine de la Force?
Cette voix était celle d'un pauvre petit prisonnier, pâle, amaigri, les yeux cernés, les lèvres flétries. — Pauvre enfant, se dit à lui-même le poète, je lis tous tes maux dans cette douloureuse exclamation.
En attendant son tour pour Vécrou, le chansonnier alla s'asseoir sur un banc de pierre, où il ne tarda pas à se voir entouré d'un certain nombre d'enfants dont le plus âgé avait à peine douze ans. Une porte qui s'ouvre, un verrou qui grince , un prisonnier qui arrive ou s'en va , tout cela est une distraction pour les délenus , qui n'ont guère que celle-là, à moins qu'on veuille y joindre les heures des repaç, du lever et du coucher.
Un personnage en gros favoris noirs, les manches retroussées, apporta la soupe et les légumes dans deux espèces de seaux en fer-blanc. Les enfants coururent chercher leur gamelle en criant : «A la soupe! à la