‹ Mémoires sur Béranger: souvenirs, confidences, opinions, anecdotes, lettresChapitre 93 sur 117 · LES DIVERS LOGEMENTS · texte numérisé non relu

LES DIVERS LOGEMENTS

qui se composait de quelques chemises, mouchoirs, etc. , et je sortis.

— Le gardien Blanchard m'a dit aussi que vous aviez laissé à la Force une grande quantité de provisions de toutes sortes.

— C'est vrai, pour les prisonniers. »

Il va loger rue de la Tour-d'Auvergne, au-dessus de la rue Neuve-Coquenard.

« Près de la barrière des Martyrs, dit Chateaubriand, sous Montmartre, allez rue de la Tour-d'Auvergne, dans cette rue à moitié bâtie, à demi pavée, dans une petite maison retirée dans un petit jardin, et calculée sur la modicité des fortunes actuelles, vous trouverez l'illustre chansonnier. »

Ensuite il va passer quelques mois à Maisofis, chez M. Laffitte, en compagnie de Benjamin Constant, Thiers, Mignet.

Puis un jour le ciel se couvre sur Paris, le ciel est sillonné d'éclairs, la foudre tombe sur les Tuileries: c'est 1830.

Nous connaissons la suite.

Le rôle politique de Béranger est fini...

Il se retire à Passy jusqu'en 1833^ après quoi il habite Fontainebleau de 1834 à 1836; Tours, de 1836 à 1838; il s'établit à Fontenay-sous-Bois en 1839 et revient à Passy en 1840, rue Vineuse, où je l'ai connu ; puis essaye successivement plusieurs logements. Enfin il quitte Passy pour aller avenue Sainte -Marie, de l'avenue Sainte-Marie à Passy, rue des Moulins , n* 1 ; de la rue des Moulins, rue d'Enfer, 1 1 3 ; de la rue d'Enfer, avenue Chateaubriand, 5; de là enfin, 5, rue de Vendôme, sa dernière demeure ici-bas.

Le romaoesqae et le réel. — Anecdotes. — Le chapeau de Lamennais. ~ Lamennais sans culotte. — Les mois de nonrrice. — Rouget de llsle. —La chatte. —Visite du duc d^Orléans. — Conseils à un prince.

n est inutile d'ajouter le romanesque au réeU quand on n*a qu*à choisir dans la vie de cet excellent homme. Aussi je trouve étrangement racontée cette étrange histoire d'un médecin sans clientèle, à qui Béranger aurait envoyé, comme à un pauvre obscur mourant de faim avec femme et enfants, un jambon, un pain de sucre, du café et du linge. Cette façon de faire la charité à un homme envers qui son isolement de toute famille et sa haute instruction, sans parler du caractère, commandaient certains procédés délicats, que Béranger savait

si bien trouver, n'était pas dans les habitudes du poëte. Et puis admirez Timaginative du romancier faisant durer huit ans l'illusion chez ce jeune médecin, qui reçoit, — sans s'enquérir d'où cela lui vient, h peu près comme le prophète Élie recevait le pain de son corbeau, — vivres et vêtements. A coup sûr, un pareil homme n'est pas digne d'intérêt. Si ce sont des parents avec qui il est brouillé qui lui adressent ces secours clandestins, il faut aller leur tendre ta main et les remercier. Alors le pot aux roses est découvert. Et c'est justement ce que notre romancier veut éviter pour donner à Béranger l'honneur de jouer pendant huit années le rôle du corbeau de la Bible derrière un buffet.

Un médecin, jeune, brouillé avec sa famille, gêné, peut manquer pendant quelques mois de beaucoup de choses, sans doute, mais huit ans! quelle plaisanterie I Béranger aurait pu lui avancer un millier de francs, le produire, l'inviter à diner, lui conseiller de voir ses parents, tenter même une démarche auprès du papa et de la maman, cela lui aurait ressemblé ; mais envoyer des vivres dans un panier! c'est ridicule. Voilà vingt ans que je connais ce mauvais conte, et j'en ai toujours ri , et j^ebserve qu'il suffit souvent , pour faire passer les plus sottes balivernes^ de les faire endosser par une célébrité quelconque.

J*allai UQ mx à Paasy ; je trouvai au coin de la ehe^ minée uo pers^onnage qui, enfoncé dans un grand fau** teuil oà il disparaissait presque en entier, moulait au «afé 1^ Taide d'un petit moulia à «lain qu'il tenait «erré eotrç sea genoux. Le visage de ce personnage était (liste, 9^ traits fiétris, son regard inquiet. Ses meuve-

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