‹ Mémoires sur Béranger: souvenirs, confidences, opinions, anecdotes, lettresChapitre 99 sur 117 · CONSEILS A UN CHANSONNIER · texte numérisé non relu

CONSEILS A UN CHANSONNIER

pour accompagner ou plutôt pour ouvrir un recueil qu'il a intention de publier, et lui demande une chanson inédite. Chose singulière, ces inconcevables demandes des inédites se renouvelaient à Tinfini. Voici la réponse :

« Monsieur,

» J'ai soixantOrdix ans; je vis loin du monde, et, depuis le jour oii j'ai donné ma démission de représentant, je me suis fait une loi, à moins de nécessité absolue, de ne plus donner le moindre signe de vie au public. Cette résolution me fait supplier ceux à qui j'écris de ne publier aucune de mes lettres. Cette prière, je vous l'adresse, monsieur, pour la réponse que je vous devais. Je ne la regrette pas, parce que je sais que la lettre que vous souhaitiez de moi ne vous serait pas utile, malgré ce que vous avez la bonté de me dire. Je n'ai plus d'influence, mon temps est passé, grâce au ciel 1 Voilà un mot qu'un homme de votre âge ne doit pas comprendre, mais que vous répéterez peut-être un jour.

» Quant à vous envoyer une chanson inédite, outre ce que je viens de vous dire, je dois vous rappeler que j'ai vendu, il y a seize ans, pour une petite rente, toutes mes chansons faites et à faire, à mon éditeur, ce qui ne me permet pas, monsieur, de disposer du moindre couplet, môme pour mon propre compte. Je n'aurai plus à faire au public qu'après ma mort, s'il daigne alors s'occuper de moi, ce dont je suis fort tenté de douter désormais.

» J'ai lu, monsieur, vos chansons avec plaisir; elles sont les essais d'un talent facile et spirituel , qui

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