RÉFORMES DANS L'ARMÉE
d'hommes, accoutumés à l'agitation des camps, et qui ont le droit de se dire victimes, puisqu'ils n'ont point démérité. On sait combien la Restauration >souleva de haines contre elle par une mesure de ce genre, à la suite de 181.').
La sagesse voulait que le pouvoir chargé de cette immense épuration s'enlevât à lui-même, par des règles fixes, toute faculté d'accorder des préférences; et la justice demandait que l'on respectât les droits acquis par le service : il fut décidé que, dans chaque arme, les plus anciens officiers de chaque grade seraient conservés. Une telle disposition n'était pas sans inconvénient, puisqu'elle devait écarter des jeunes militaires pleins de séve; mais, appliquée à 1 état-major, elle eût été désastreuse : elle eût donné tous les commandements à de vieux tacticiens, en mettant hors de l'armée les jeunes généraux qui venaient de sauver le pays, ou qui formaient sa plus belle espérance: on eût vu à la réforme Hoche, Marceau, Joubert, Moreau, Bonaparte. Le salut public exigeait donc que l'on procédât à des choix personnels; mais comment faire ces choix sans blesser les médiocrités vaniteuses, si bruyantes dans leurs rancunes? L'une de ces médiocrités, qui se nommait Beunat, n'hésita pas à dénoncer au Corps législatif le directeur chargé de la partie militaire, parce qu'il avait jugé utile de lui préférer Bonaparte.
Bientôt, grâce à des prodiges d'activité, les cadres des armées furent au complet, et I on se vit en état de réparer les échecs de la période précédente. Le Défen- $enr de la Patrie, rédigé sous l'inspiration de Carnot, put reprendre la série de ses Bulletins héroïques.
Le cabinet topographique et historique, fondé en l'an III, et qu'on avait laissé dormir, fut reconstitué, et
sa direction confiée à Clarke. Les plans de campagne, les rapports des généraux et leur correspondance y étaient déposés. Carnot aimait à dire que, quand la guerre serait finie, il demanderait la fonction d'historiographe, et qu'il préparait d'avance les matériaux de son travail.
Quant aux généraux :
Pichegru avait agi avec tant de lenteur et de maladresse, que, ne pouvant pas taxer d'incapacité le vainqueur de la Hollande, force était bien de se défier de lui. Ses grands services le défendaient; pourtant le mécontentement qu inspirait sa conduite perça ; il eu prit de l'humeur et envoya sa démission. Une première fois elle fut repoussée; une seconde fois aussi; à la troisième, Carnot proposa de l'accepter. Pichegru vint à Paris, et se plaignit amèrement d'avoir été pris au mot. Mais on s'abstint de lui rendre un commandement: on se borna à rémunérer le passé, en lui offrant l'ambassade de Suède; et, sur son refus, on le laissa en repos avec conservation de son traitement, Moreau le remplaçant à l'armée du Rhin.
Jourdan fut mandé à Paris, reçut du Directoire un accueil flatteur et des récompenses propres à stimuler son zèle et celui de ses soldats. 11 s'en retourna porteur d'instructions pour la reprise de la campagne, d'accord avec l'armée du Rhin et celle d'Italie.
Schérer commandait celte dernière armée. Schérer avait un peu de mérite et beaucoup de renommée. Bernadotte disait de lui : « Schérer est notre père à tous; c est le premier général que la République ait actuellement en Europe. » Cependant la très-belle victoire de Loano, dont il n'avait pas su tirer parti, était le seul acte à citer de sa présence en Italie. Il ne cessait de se la-