BMRE.U'X DE LA GUERRE
Un de ses collègues, dit-on, préférant une autre solution de la difficulté, se fit décerner le grade de général de division .
Carnot composa les bureaux de la guerre principalement des hommes dont il avait fait l'expérience au Comité de salut public. Clarke et Dupont furent chargés de la correspondance. Il prit pour secrétaire Allent, jeune homme né à Saint-Omer, dont il avait protégé les débuts dans le corps du génie, et qui a parcouru depuis une belle carrière administrative1. Carnot faisait aussi travailler en dehors de ses bureaux quelques personnes de confiance, auxquelles il remettait l'examen de certaines affaires. C'est une méthode que mon père a souvent employée, et dont il se louait beaucoup. Il est bon, que, de temps en temps, les questions les plus habituelles soient soustraites à l'esprit routinier des bureaux, pour être traitées dans un milieu plus impartial et étranger à la tradition.
Les derniers mois de la Convention avaient offert le spectacle d'un sauve-qui-peut général. Toutes les branches de l'administration étaient tombées dans le dépérissement. L'organisation des armées, leur approvisionnement et leur discipline avaient été déplorablement négligés. Aussi le Directoire, à son entrée en fonctions, se trouva-t-il en présence de malheurs militaires.
A la fin de vendémiaire, les Autrichiens, tournant l'aile gauche de Jourdan et cernant son armée, qui était sur la rive droite du Rhin, l'avaient obligé de repasser le fleuve sous leur leu meurtrier, et avaient repris euxmêmes l'offensive sur l'autre bord. Pichegru, qui déjà entretenait des intelligences avec l'ennemi, n'était point
» Il est mort conseiller d'Étal et pair de France en 1857.
venu en aide à Jourdan, et s'était laissé battre luimême. A la suite de ce revers, les Français durent évacuer Manheim et lever le siège de Mayenee, avec des pertes considérables en hommes, en armes et en munitions. Les ordres donnés par le Directoire, pour prévenir ces désastres par de rapides mouvements de troupes et des actes de vigueur, n'avaient pas eu de résultat, ou plutôt n'avaient pas reçu d'exécution. — Su ries frontières d'Italie, où l'Autriche était aussi notre adversaire, avec les princes confédérés, à peine pouvions-nous soutenir la défensive.— La guerre vendéenne s'était ravivée et étendue sur un vaste territoire. — Les côtes môme de la France étaient menacées d'une descente. — Tous les avantages de la grande campagne révolutionnaire se trouvaient compromis.
Le Directoire prit des mesures promptes et décisives pour la réorganisation des armées et la réparation do leur matériel. L'argent manquait : il fallut vendre ou mettre en gage, en pays neutre, des effets précieux du Garde-meuble.
Des nécessités d'économie avaient dicté à la Convention, dans les derniers temps de son règne, une résolution qui devait créer de grands embarras et de grandes inimitiés à ses successeurs, obligés delà mettre en pratique. C'était la réduction des cadres de l'armée dans une proportion considérable : il ne s'agissait de rien moins que de réformer vingl-lrois mille officiers de tous grades. En vain le Directoire adoucit-il la rigueur de celte loi, en prenant sur lui la responsabilité de continuel', au delà du terme fixé, le traitement de demisolde accordé aux militaires congédiés. l\ est pénible et dangereux pour un gouvernement de jeter tout à coup dans l'oisiveté et dans la misère un grand nombre