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MORT DE MA MÈRE

perfectionnement de l'Ecole polytechnique, où il remplaçait Lagrangc, surtout par les soins qu'exigeait la santé de ma mère. L'état de la malade ayant empiré, les médecins ordonnèrent de la préserver de toute cause de bruit ou d'agitation. Mon père alors se détermina à nous faire continuer nos études hors de cette maison attristée. Mon frère alla suivre les cours du lycée Charlcmagne, et après quelques mois de préparation, en septembre 1812, il fut reçu à l'École polytechnique. Il avait juste seize ans. Je venais d'en avoir onze. Mon père me plaça dans Y institution polijlechniquc de M. Lemoinc d'EssoieS, aux Champs-Elysées, où les études étaient dirigées en vue des écoles spéciales1.

Mais tous les soins furent inutiles : notre pauvre mère, après avoir longtemps langui, nous quitta au commencement de février 1813. « Vous n'êtes pas la seule à verser des larmes, respectable petite sœur, écrivait mon père ; je pleure aussi une vertueuse épouse, une excellente amie et la meilleure des mères. La digne compagne qui faisait mon bonheur depuis vingt et un ans vient de succomber à sa longue maladie. Elle était moins âgée que moi de douze ans : c'était à elle à me fermer les yeux, et c'est moi qui ai fermé les siens. Elle a conservé sa tète présente et son cœur aimant jusqu'au dernier soupir ; elle me regardait, s'efforçait de me parler et de m'exprimer sa tendresse. »

Si une mère peut être remplacée, la nôtre le fut. Madame Carnot-Feulins, sa sœur, doublement bellesœur de mon père, partagea son affection entre nous et

« M. Lemoinc était un excellent homme, peu partisan du régime impérial, et du régime universitaire expressément. Savant lui-même et lié avec beaucoup île savants, il avait groupé les professeurs 1rs plus distingués, et sa maison a laissé des souvenirs.

sa propre famille : au lieu de trois enfants elle en eut cinq.

C'était le temps où Napoléon, arrivé à son apogée impérial, commençait à redescendre de cette cime qu'il avait escaladée à la stupéfaction du monde. Saint-Simon (Saint-Simon le prophète, dit Réranger) prédisait dès lors la chute de l'Empire. Dans son Trava il sur la gravitation un iverselle, il engageait Napoléon à quitter ses projets de conquête pour l'assister dans sa mission de réforme sociale : « Si Votre Majesté, lui disait-il, veut augmenter encore l'immense quantité de lauriers qu'elle a déjà recueillis, elle fera écraser la France et se trouvera, en définitive, en opposition directe et absolue avec les intentions de ses sujets. »

On a souvent loué dans Napoléon le propagateur des idées de la Révolution. S'il a joué un tel rôle, ce n'est pas en France, où il faisait une guerre incessante aux amis du progrès : « Vous savez que je n'aime pas les hommes de lettres et les philosophes, puisque je les ai détruits partout, » écrivait-il à son frère Joseph. Il ne faut pas s'étonner que les seuls littérateurs originaux du temps de l'Empire aient été ses adversaires, et que l'un d'eux l'ait appelé le génie du retardement. Il a détruit de la révolution tout ce qu'il pouvait en détruire.

Où donc a-t-il répandu les idées de la Révolution française? à l'étranger : civilisateur comme le sont les despotes, par l'invasion, la guerre, la conquête, employant avec les peuples les plus policés de la terre les moyens de progrès que la Providence inflige aux peuples

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