ARRIVÉE A ANVERS
Le gouvernement confié à Carnot s'élendait sur toute la défense de l'Escaut ; c'est-à-dire aux forts de Balz, Liefkenshoek et UHo, à la surveillance de Bcrg-op-Zoom, des îles deCadsand, Walcheren, nord et sud-Beveland. Il devait se tenir en relations suivies avec le général Maison, commandant en chef du premier corps d'armée et chargé de couvrir la place d'Anvers.
Parti de Paris le 50 janvier et voyageant avec célérité, Carnot se dirigea d'abord vers Bruxelles, où il espérait rencontrer le général. Cette ville était déjà occupée par l'ennemi. Maison, effectuant sa retraite sur la droite, avait aussi évacué Gand; il n'y restait plus aucune autorité française civile ni militaire. Les Cosaques parcouraient la campagne du coté de Termonde. Cette route dangereuse était pourtant la seule accessible. Carnot se décida à la prendre, sans escorte, traversa de nuit la ville de Gand, pendant que le conseil municipal délibérait, dit-on, s'il le ferait arrêter, et parvint heureusement à Anvers le 2 février vers onze heures du matin, par la tête de Flandres. Les glaçons que charriait l'Escaut rendirent le passage assez difficile.
Anvers voyait son dixième siège. Il en est un surtout qui a laissé de grands souvenirs, « un siège qui passera pour la merveille du siècle, » disent les Mémoires du temps. C'est celui que soutint MamixdeSainte-Aldegonde, assisté de l'habile ingénieur italien Giambelli, contre les Espagnols commandés par le duc de Parme. On peut en apprendre les curieux détails stratégiques dans les Annales deStrada ; on peut en voir revivre les patriotiques émotions dans un récit coloré d'Edgar Quinet.
Carnot remplaçait comme gouverneur le duc Charles de Plaisance, fils de l'ancien consul Lebrun. Il venait de recevoir le service de ses mains, lorsqu'on annonça que
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les troupes de la garnison envoyées aux villages de Mcrxem et de Deurne, après y avoir éprouvé des pertes considérables, s'étaient rejetées dans les ouvrages de la place. Cette journée avait mis hors de combat près de six cents hommes, tués, blessés ou prisonniers. Peu de temps auparavant, dans une semblable, expédition, le brave général Avy, courant au danger avec une insouciance toute française, était tombé mortellement frappé par un biscaïen. Carnot, reconnaissant la nécessité de ménager les forces qui lui étaient confiées et de contenir dans de justes limites la valeur téméraire de nos jeunes ofliciers, donna l'ordre aussitôt de faire rentrer les hommes sous la protection des batteries. Il ne conserva que les postes extérieurs de Berchem el de Borgcrhout.
Changement de gouverneur, changement de défense. C'était tout naturel : le duc de Plaisance, officier de cavalerie, brillant militaire, aimait et recherchait les faits d'armes en rase campagne. Carnot, ingénieur, comptait davantage sur son art et sur les moyens essentiels de la place. Il suspendit toute action meurtrière au dehors, concentra ses troupes et les laissa reposer de leurs fatigues. L'occasion se présentait pour lui de mettre en œuvre ses théories, de montrer le parti que l'on peut tirer des fortifications et de prouver que les intérêts d'une défense énergique peuvent se concilier avec les dictées de l'humanité; l'occasion se présentait aussi de faire voir que le système de guerre en masses mobiles, dirigé par le Comité de salut public, sur toutes nos frontières à la fois, avec l'ensemble des armées françaises, avec un million de soldats, était également applicable dans un cercle limité, et avec une garnison de moins de quinze mille hommes (onze mille cinq cents combattants) ' .
« Le système exposé par Carnot, dans son traité de la Défense des pla~