ANIMATION MORALE
nos chaloupes canonnières *om mandée par l'aspirant de marine Lcprètrc. Celui-ci les héla de bord, cl l'ennemi répondit en français. — « Le nom de votre bâtiment? » demanda encore Leprêtre. — Point de réponse. Leur ruse étant déjouée, les Anglais tentèrent de la force. Mais nos braves marins usèrent si bien de la pique et du pistolet, que leurs adversaires, engagés dans les fileta d'abordage, périrent presque tous. Ce fait d'armes esl à peine relaté dans le Journal du siège. J'en emprunte le détail à des recueils d'histoire militaire1.
Dans son traité de la Défense des places, Carnol recommande aux gouverneurs de fortifier autour d'eux le sentiment moral ; il n'avait garde de négliger lui-même ce ressort, le plus puissant, à son gré. Le calme et la confiance régnèrent dans Anvers, mais une action incessante ne permit pas qu'on y éprouvât un moment cette dangereuse nonchalance où les esprits se laissent aller si aisément : nulle attaque de l'ennemi qui ne fut presque aussitôt suivie d'une réponse offensive de la garnison. Animer sans alarmer, c'était la devise du gouverneur. Il s'était vivement attaché à Anvers, mettant en pratique les conseils du brave chevalier de Ville, vieil ingénieur français qu'il citait souvent : « Il faut qu'un gouverneur aime sa place comme la chose qui luy est plus chère au monde et d'où dépend son honneur et sa vie. Il doit avoir autant de soin de sa conservation comme de soi-même, et doit toujours penser comme il pourroit la rendre meilleure, mieux gardée et mieux musnie. »
Si les fatigues de la vie publique avaient altéré la santé de mon père, l'âge ne lui avait apporté aucune infirmité :
* Trophées des armées françaises, f. VI ; Journal de Cannée, t. Il, i;nviert854.
il pouvait chaque jour monter à cheval, passer des revues, visiter les fortifications, l'arsenal, les chantiers de la marine, les magasins, les hôpitaux ; ces derniers établissements surtout le vovaient souvent. Son activité et sa prévoyance se manifestaient par un industrieux emploi des ressources, par une attention excessive aux plus petits détails1.
L'artillerie manquait de hras dans les forts : les soldais de ligne et deux cents ouvriers militaires de la marine furent exercés aux manœuvres de cette arme; les autres ouvriers militaires furent dressés aux manœuvres de l'infanterie. — La garnison du fort Lillo, situé sur la rive droite de l'Escaut, et Irès-importanl pour sa défense, se trouvait affaihlie par un grand nomhre de malades : cent ouvriers y furent envoyés. — Les fossés de la place étaient gelés de manière à rendre un coup de main possihle : on doubla les postes de surveillance et l'on eut soin de briser la glace tous les jours. — Les Anglais avaient menacé la ville de fusées à la Congrève : des affiches donnèrent aux habitants les instructions nécessaires pour se préserver de leur action. Le gouverneur ordonna de confectionner de pareilles fusées et en fit faire l'épreuve devant lui. Le colonel du génie Sabaticr rec;ul en même temps l'ordre de construire, . dans les forts et dans la place, des fourneaux à rougir les boulets. — Les habitants de la campagne flamande, peu favorables à la cause française et la croyant déjà perdue, servaient ses ennemis comme espions, distributeurs de
♦ 1 e Les plus petits détails, dans le courant du service, sont indispensables. On ne saurait trop exhorter les élèves du génie à n'en négliger aucun; les plus célèbres ofliciers de ce corps m ont de tout temps senti l'importance et n'ont pas dédaigné de s'en occuper essentiellement. » {De In Défense des places fortes.)