ADMINISTRATION
proclamations, agents provocateurs de désertion ; ils arrêtaient même les convois destinés à l'approvisionnement de la ville : un ordre du jour très-menaçant suffit pour les rendre plus réservés. — Les fourrages devenaient rares : le gouverneur décida que les officiers ne recevraient en nature que les râlions nécessaires pour leurs chevaux présents, et qu'on leur tiendrait lieu du surplus en numéraire. — Les habitants étaient accablés de logements militaires : le gouverneur promit de les en délivrer si la ville lui donnait un local et les fournitures nécessaires à ses soldats ; convention qui s'exécuta au contentement des Anversois et au profit du bon ordre. — Invitation fut adressée aux particuliers d'envover du linge à pansement et de la charpie pour les blessés. M. Fleury, médecin en chef de la marine, que le gouverneur avait mis à la tête des hôpitaux, dirigeait ce service avec un zèle extrême. «Quatre-vingts forçats, extraits du bagne pour être transformés en infirmiers, s'acqui Itèrent très-bien de leur emploi.
Quant aux subsistances, un procédé fort simple les fil abonder sur le m rché : on ouvrit les portes de la ville aux habitants de la campagne qui en amenaient, don paya comptant tous les achats. Les spéculateurs, attirés par l'appât du gain, s'ingénièrent à trouver des expédients pour franchir les lignes d'investissement, et les producteurs comprirent qu'il y avait plus d'avantages pour eux ù présenter leurs denrées au marché qu'à se les laisser enlever par l'ennemi. A ces stimulants de l'intérêt personnel venaient se joindre des sorties accompagnéesde réquisitions en bestiaux, fourrages et céréales, que les communes délivraient sur les bons du gouverneur. Aussi lisons-nous, au Journal du siège, presque à la date de chaque jour : « Plusieurs convois de vivres
entrent dans la place. » La ville d'Anvers n'éprouva pas un moment de pénurie, pas même un renchérissement ; ce qui n'empêcha point Carnol de faire faire, par précaution, des expériences en grand sur les moyens de rendre potables les eaux salées et d'opérer la dessiccation des substances alimentaires .
Le 26 mars, Carnot écrivait au minislrc de la guerre • « Notre situation actuelle est très-bonne. Je fais des sorties fréquentes pour tenir l'ennemi en échec et me procurer des vivres. J'en ai pour plus de trois mois. La place est dans le meilleur état de défense; l'artillerie des remparts est formidable. La terre et la marine s'accordent parfaitement. On me seconde bien. Bulow m'a fait une espèce de sommation à laquelle j'ai répondu comme je devais le faire. La ville d'Anvers est la plus heureuse de toute la Belgique, peut-être de toute la France. Les habitants me témoignent une grande confiance, quoique je leur fasse donner beaucoup d'argent et d'objets de tout genre nécessaires à la garnison. J'ai fait battre une monnaie obsidionale de cuivre qui a cours sans difficulté. J'ai fait raser les faubourgs jusqu'à trois cents toises, sauf les points qui m'ont paru plutôt utiles que nuisibles à la défense; et les habitants de ces faubourgs m'ont presque remercié de ne leur avoir fait que le mal inévitable. »
Nous devons parler de deux mesures mentionnées dans cette lettre : la conservation des faubourgs d'Anvers cl la création d'une monnaie de siège.