BERG-OP-ZOOM
conscrits mal exercés et de Flamands mal intentionnés; plus de cent pièces de canon en batterie sur les remparts et une seule compagnie d'artilleurs pour les servir; une population hostile aux Français, les riches fuyant leurs maisons pour échapper aux réquisitions et aux emprunts, et allant habiter la campagne pour y conspirer avec l'ennemi : telle était cette situation .
Les Anglais, qui, d'abord, s'étaient contentés de bloquer la place, tentèrent de la «surprendre |>endanl la nuit du 8 au 9 mars, ayant pour guides des déserteurs, des colons du dehors et des citoyens de la ville môme. Ils l'attaquèrent sur quatre points à la fois, par autant de colonnes, chacune de mille soldats environ, s'emparèrent de onze bastions sur quinze, et pénétrèrent, malgré une vive résistance, dans le quartier du port, dont ils se rendirent entièrement maîtres. Le jour qui allait paraître, en montrant la faiblesse de la garnison, devait encourager les habitants à se tourner contre elle et éclairer le triomphe de l'ennemi.
11 éclaira au contraire sa défaite. Un petit nombre de braves, profitant des échelles que les assaillants avaient laissées au Ûanc d un bastion, descendirent dans le fossé, remontèrent plus loin et vinrent déboucher derrière les Anglais, qui se croyaient parfaitement en sûreté. Pendant ce temps, le général Bizanet, gouverneur de la place, assisté par des officiers pleins de courage et de sang-froid, attaquait les ennemis de plusieurs côtés à la fois ; la marée haute interceptait le chemin par lequel ils étaient venus ; de sorte que, environnés et éerdsés par le feu de la mitraille et de la mousqueterie, ils n'eurent d'autre parti à prendre que celui de mettre bas les armes, avec le général qui les commandait. La garnison
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lit plus de prisonniers de guerre qu'elle ne comptait de soldats.
Voilà certainement un des faits d'armes les plus singuliers de l'histoire des sièges. Notre récit succinct est puisé dans le compte rendu qui fut adressé au gouverneur d'Anvers et dont la rédaction appartient au colonel du génie Legrand, directeur des fortifications de Bergop-Zoom, l'un des héros du combat. Ce brave officier, Bourguignon de naissance, qui est mort en 1849, à qua Ire-vingt-dix ans, en a publié une relation pleine d'intérêt.
Nous nous bornerons à mentionner sans détails l'envoi d'un vaisseau, VÂnvenois, chargé de ruiner les batteries préparées par les Anglais pour bombarder le fort Lillo ; une expédition combinée entre les troupes de terre et de mer sur le haut Escaut; plusieurs autres encore, entreprises pour approvisionner la ville et connaître la situation respective des armées belligérantes.
Car les nouvelles les plus contradictoires, souvent les plus extravagantes, circulaient. Tantôt on parlait de la marche rapide et victorieuse des étrangers vers la capitale, tantôt on affirmait que ceux-ci quittaient la France; on assurait que l'armée autrichienne était rappelée par une invasion des Turcs en Hongrie; tantôt Napoléon était mort ou prisonnier, tantôt il était triomphant. Ces bruits, recueillis avec avidité et grossissant de bouche en bouche, agitaient les esprits.