DÉPART DE LA GARDE IMPÉRIALE
Carnot, en envoyant au ministre de la guerre une copie de ces dépêches, ajoutait :
« Quand j'ai offert mes services à l'Empereur, j'ai bien voulu lui sacrifier ma vie, mais non point mon honneur. Vous savez, monsieur le duc, que je ne suis pas dans l'usage de dissimuler la vérité, parce que je ne recherche pas la faveur. La vérité est que l'état où vos ordres me réduisent est cent fois pire que la mort, puisque je n'ai de chance, pour sauver le poste qui m'est confié, que la lâcheté de l'ennemi. »
L'abandon d'Anvers entrait-il, en effet, dans les nouveaux plans de Napoléon, ou les périls du moment avaient-ils à ce point troublé ses calculs?
Quoi qu'il en soit, les représentations du gouverneur d'Anvers et de l'amiral parurent tellement convaincantes au général Maison qu'il prit sur lui de n'obéir qu'à demi aux ordres ministériels. Il répondit à Carnot :
« Je reçois la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire ce matin. Ce que vous me dites, je l'ai écrit et senti dès longtemps moi-même. Vous avez pu voir, par ma première lettre, que j'appréciais vos embarras et la peine que vous deviez éprouver. Quelque chose qui puisse arriver, je ne me sens pas le courage de vous laisser dans la position où vous seriez en vous ôtant les troupes que vous me réclamez. Gardez donc toute l'artillerie et l'infanterie. Je connais Anvers : celte place immense a des parties qu'on ne peut défendre qu'avec beaucoup de troupes. Je souhaite que celles que je vous laisse suffisent pour repousser les tentatives de l'ennemi. »
La garde impériale partit donc seule; le duc de Plaisance profita de cette occasion pour quitter la ville. Le mouvement du général Maison sur Anvers avait
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éloigné les Anglais. Mais quand ils apprirent que ce mouvement n'avait eu pour but que de réduire la garnison, ils se hâtèrent de se rapprocher avec de nouvelles espérances, comptant, non point sur un siège en règle ni sur une attaque de vive force, mais sur quelque surprise ou sur quelque trahison. Le commandant de la citadelle dénonça au gouverneur l'offre de cinq cent mille francs, puis d'un million, qui lui avait été faite pour livrer son poste. Conservons le nom de ce brave homme : c'était le général Ducos.
Il fallut donc redoubler de surveillance et de précautions. Carnot désigna un officier du génie, chargé exclusivement de visiter chaque jour toutes les parties de l'enceinte fortifiée, pour reconnaître les points faibles ou dégradés; il fit condamner toutes les poternes et lever les planchers des ponts dormants, inutiles désormais, puisque toute sortie était devenue impossible par l'absence de cavalerie. Pour ne pas harasser de fatigue sa phalange si peu nombreuse, il distribua le service des patrouilles de nuit entre la ligne et la gendarmerie, les marins et les ouvriers militaires, la garde urbaine et la compagnie administrative de la marine, qui mérita, par son zèle et son dévouement, les félicitations particulières du gouverneur.
Cependant les récits les plus alarmants se propageaient ; il était important de ne pas les laisser s'accréditer en paraissant y croire soi-mfrne. Lorsque le major général anglais Mackensie annonça la reddition de Paris après une action dam laquelle V armée française avait