NOUVELLES DE PARIS. 3S
été totalement défaite sous les murs de la capitale, le gouverneur répondit laconiquement : Vos nouvelles sont fausses ; l'Empereur est victorieux.
Mais, dès le lendemain, il fallut bien s'avouer que le fait principal, au moins, n'était que trop réel. Le gouverneur, pour préparer les esprits à cette accablante certitude, publia la proclamation suivante :
« Le bruit se répand que la grande armée des alliés est entrée dans Paris. Cette nouvelle est peu vraisemblable, puisque tout indique au contraire qu'ils ont éprouvé des écbecs considérables. Mais fùt-il vrai qu'ils occupent la capitale, nous devons être sans alarmes sur le sort de la patrie : celle capitale deviendrait leur tombeau.
« Isolés comme nous le sommes du théâtre de tant de crimes et de dévastations, conservons jusqu 'à la fin l'attitude qui convient à un peuple loyal et fidèle ; captivons par notre persévérance, par notre sagesse, par le dévouement que nous devons à des lois toujours existantes, l'estime de nos ennemis mêmes. L'état de choses actuel ne peut subsister : la crise est trop forte pour que la paix publique puisse être différée; bientôt elle terminera les malheurs de l'Europe et fixera notre destinée, nécessairement honorable. »
Rien ne fut changé dans le service intérieur et dans les précautions au dehors; et afin de montrer la fermeté de ses résolutions, le gouverneur, ayant appris que l'inondation supérieure , destinée à garantir la place, diminuait d'une manière dangereuse, par le fait des habitants de la commune d'Hoboken, qui ouvraient leur écluse à miT basse, ordonna de boucher cette écluse et menaça de rompre les digues île l'Escaut, pour noyer le pays, si l'on s'avisait de la rétablir.
Le 10 avril, un parlementaire suédois fut introduit; il apportait à Carnot cette lettre d'un homme qui avait autrefois correspondu avec lui sous un autre nom :
<( Monsieur le général Carnot,
« J'envoie auprès de vous mon aide de camp général, l'amiral Gyllenskold, qui a toute ma confiance, et qui vous mettra au fait des derniers événements qui ont eu lieu à Paris. Vous verrez, par les communications que cet officier général est chargé de vous faire, que l'empereur Napoléon est déchu, et que le Sénat allait offrir la couronne à Louis XVIII, après avoir posé les bases d'une constitution libérale et repondant parfaitement aux principes que vous me connaissez. En vous proposant de remettre la forteresse dont vous avez le commandement, et de joindre vos troupes à celles que je mène à la conquête de la paix, je témoigne mon désir de conserver à la France un homme qui peut encore lui être si utile par ses talents distingués, et je vous donne la preuve la plus solennelle de l'estime et de la considération que je vous ai toujours portées. Sur ce, je prie Dieu, etc.
« Votre affectionné,
« Charles-Jean
« A mon quartier général, le 8 avril 18U. »
Carnot lui répondit :
« Prince,
« C'est au nom du gouvernement français que je commande dans la place d'Anvers ; lui seul a le droit de fixer le terme de mes fonctions. Aussitôt que cegou-