‹ Mémoires sur CarnotChapitre 124 sur 235 · LETTRE DE CARNOT A BERNA DOTTE · texte numérisé non relu

LETTRE DE CARNOT A BERNA DOTTE

vernement sera définitivement et incontestablement établi sur ses nouvelles bases, je m'empresserai d'exécuter sas ordres; celte résolution ne peut manquer d'obtenir l'approbation d'un prince né Français, et qui connaît si bien les lois que l'honneur prescrit.

« Les habitants d'Anvers ne souffrent pas; la paix règne chez eux, plus peut-être que sur aucun autre point de l'Europe. Ils sentent tous, comme moi, la nécessité d'attendre que l'ordre politique ait pris son assiette; et sans doute nous ne tarderons pas à recevoir directement les instructions que nous devrons suivre. — Agréez, prince, l'hommage de mon estime respectueuse.

« Carnot.

« Anvers, le 10 avril 181 i. »

Cette lettre, dans sa forme courtoise, renfermait une censure peu déguisée de l'ancien général français, devenu l'auxiliaire des ennemis de la France. Bernadotte aurait dû connaître assez bien le gouverneur d'Anvers pour s'épargner la démarche qu'il venait de faire auprès de lui. On a voulu expliquer cette démarche par le rêve d'une grande ambition, par l'éblouissement de certaines perspectives que lui aurait, dit-on, laissé entrevoir l'empereur de Russie, pour lesquelles un concours français était désirable, et auxquelles peut-être il espérait intéresser Carnot au nom de leurs précédentes relations.

D'autres ouvertures tendant au même but furent faites par les chefs des différentes armées.

Les coalisés avaient un extrême désir d'entrer dans Anvers. On a fait circuler à ce sujet des propos étranges ; on a été jusqu'à nommer les sommes fabuleuses offertes

à Carnot pour obtenir de lui une reddition anticipée de quelques jours seulement. On a parlé de quatre, de huit, de dix millions. Il faut considérer ces chiffres comme une appréciation de l'intérêt immense que les Anglais surtout attachaient à la prise de possession de cette place importante, et comme une mesure des obstacles qu'ils s'attendaient à rencontrer dans la loyauté du gouverneur. Mais, en fait de loyauté, une mesure, si grande qu'elle soit, est encore une offense.

Le i l avril, entra dans Anvers le premier courrier de Paris qu'on y eût vu depuis le 2 février, avec des journaux remplis de détails sur la prise de la capitale. Le préfet du département publia cette proclamation, approuvée par le gouverneur :

« De grands événements viennent de se passer. Nous en ignorons encore les résultats. Jusqu'à ce qu'ils nous soient authentiquement et légalement connus, les autorités qui représentent le gouvernement français à Anvers continueront d'y faire respecter et exécuter les lois qu'elles sont chargées de défendre. Elles ne cesseront de remplir leurs devoirs, en maintenant l'ordre public, en protégeant les citoyens,, en garantissant enfin la ville d'Anvers de recevoir des conditions particulières de la force armée qui environne ses murs, quand son sort doit être le noble fruit d'une pacification générale. »

Suivent des mesures sur la rentrée régulière des contributions.

Le 12, au soir, arrivée de M. Ferrandin Gazan, aide de camp du général Dupont, ministre de la guerre, nommé par le gouvernement provisoire. Le ministre, dans une dépêche officielle du 7 avril, notifiait la déchéance de Napoléon, prononcée? par le Sénat, en demandant à la garnison d'Anvers son adhésion aux actes

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