RÉPONSE DE CARNOT A DUPONT
libres des aetes émanés des grandes autorités, pendant que l'ennemi est maître de la capitale;
« t2° Quoique l'abdication de l'Empereur soit annoncée comme certaine, nous n'en avons pas l'acte formel ;
« 7>° En supposant cette abdication réelle, nous ne voyons pas qu'elle doive priver son fils de ses droits à la succession, ni l'Impératrice de ses droits à la régence ;
« 4° Une grande partie des membres du Sénat paraît n'avoir pris aucune part à ses délibérations. Il est possible qu'ils se trouvent réunis ailleurs et qu'ils prennent des décisions opposées ;
« 5° Il paraît également qu'il n'y a qu'une faible portion du Corps législatif à Paris qui ait pris part à ses délibérations.
« Un ajournement jusqu'à plus ample informé nous parait être sans inconvénient majeur, tandis qu'une décision trop précipitée pourrait être la cause des plus grands désordres et peut-être d'une, guerre civile. Cette place est si importante par son objet, sa force, sa position, sa population, son influence sur toute la Belgique, qu'une fausse démarche de notre part entraînerait infailliblement les plus grands malheurs. C'est à l'empereur Napoléon que nous avons fait notre serment de fidélité, nous devons le tenir jusqu'à ce qu'il nous soit démontré que son gouvernement a cessé d'être légitime.
« Agréez, monsieur le comte, etc.
« Le général de division, gouverneur d'Anvers,
« Carnot. »
Aucune dépêche de Paris n'avait confirmé l'annonce de l'abdication ; les journaux même n'en parlaient pas.
Carnot, en remettant à l'aide de camp du ministre la lettre que nous venons de transcrire, lui dit: « Monsieur, vous vous exposiez à être fusillé, comme porteur de fausses nouvelles. » Et il lui enjoignit de partir aussitôt.
Un officier anglais, qui avait accompagné cet aide de camp, crut devoir profiter de la circonstance pour proposer une suspension d'armes, en demandant la remise du fort de Batz comme garantie des conditions. Le gouverneur lui répondit que pour le moment il croyait avoir moins besoin d'une suspension d'armes que le général anglais, et qu'il ne l'achèterait à aucun prix.
De son coté, le général hollandais baron Sweerts écrivait au commandant de ce même fort de Batz pour lui annoncer la nouvelle prématurée de l'abdication, et pour l'inviter à évacuer la place en y laissant tout le matériel de l'artillerie. En cas de refus, le commandant était menacé d'une dénonciation au gouvernement provisoire de France, comme partisan de l'usurpateur sans doute. Ce brave militaire, qui s'appelait Hoqueret (nous devons aussi ce nom à l'histoire), répondit par un nouveau serment de n'obéir qu'à son chef, le gouverneur d'Anvers.
Une grande fermentation régnait dans la ville. Là, comme partout, chaque opinion avait ses représentants exaltés. Certains hommes, naguère fanatiques du gouvernement impérial, enflaient leurs voix pour célébrer les louanges de la famille des Bourbons, inconnue la veille. Nous ne sommes point tentés de mettre des noms au bas des visages ; mais il faut bien mentionner