‹ Mémoires sur CarnotChapitre 128 sur 235 · FERMENTATION DANS LA VILLE · texte numérisé non relu

FERMENTATION DANS LA VILLE

un incident qui a fait quelque bruit dans les journaux et dans les biographies.

Le commissaire général de police d'Anvers, un de ceux-là précisément qui s'étaient signalés par la ferveur de leur zèle napoléonien, n'eut pas la patience d'attendre le signal des autorités supérieures pour adhérer au changement de règne. Il envoya sa profession de foi personnelle, à l'insu du gouverneur. Celui-ci, informé, donna à l'auteur de cette incartade l'ordre de quitter la ville sur-le-champ. De retour à Paris, l'ancien commissaire impérial s'enrôla dans la presse ultraroyaliste, et les injures dont la Gazette de France honora Carnot à cette époque furent, dit-on, le produit de cette plume vindicative.

Quelques empressements prématurés du même genre donnèrent lieu à répression. Un officier supérieur dut être suspendu et mis aux arrêts.

Carnot se vit obligé de désavouer d'abord, puis d'interdire avec autorité les diatribes de certains journaux contre l'Empereur vaincu.

Ces petits événements, et d'autres plus graves, des excitations à la révolte et à la désertion, provoquèrent l'ordre du jour du 14 avril, où Carnot, après avoir rappelé les devoirs imposés aux défenseurs des villes assiégées, disait :

« Le gouverneur défend qu'il soit rien innové dans la forme des actes publics, civils et militaires, non plus que dans les uniformes et costumes, jusqu'à ce qu'il en ait lui-même donné l'ordre ou l'autorisation ; et il improuve la conduite de ceux qui se seraient permis de reconnaître individuellement aucune autorité contraire à celles qui étaient en vigueur lors de son arrivée dans cette place. C'est à lui seul qu'il appartient de donner

le signal des changements qui pourraient survenir.

« Les lois sur les déserteurs et sur les provocateurs à la désertion seront observées dans toute leur rigueur ; la discipline la plus exacte sera maintenue dans tous les corps ; la police intérieure de la ville, et principalement celle des portes, s'exercera avec une nouvelle surveillance ; tout ce qui portera le caractère d attroupement sera sur-le-champ dispersé par la force armée. »

La désertion devenait effrayante, en effet, provoquée par un arrêté du gouvernement provisoire, qui permettait aux conscrits de rentrer dans leurs foyers; tous recevaient de leurs parents les lettres de rappel les plus pressantes. Carnot se plaignit amèrement de cet imprudent arrêté, dans une lettre particulière écrite au ministre de la guerre, sous l'empire des sentiments les plus douloureux :

« Il faut le dire, monsieur le comte, l'envoi que vous m'avez fait d'un aide de camp portant la cocarde blanche est une calamité. Les uns ont voulu l'arborer surle-champ, les autres ont juré de défendre Bonaparte ; une lutte sanglante en eût été le résultat immédiat dans la place même d'Anvers, si, sur l'avis de mon Conseil, je n'eusse pris le parti de différer mon adhésion et celle de la force armée. Les autorités civiles se sont prononcées en sens contraire. J'ai pris sur moi d'improuver leur conduite. On veut donc la guerre civile; on veut que l'ennemi se rende maître de nos places ; et parce que la ville de Paris a été contrainte de recevoir la loi du vainqueur, il faut que toute la France la reçoive! Il est évident que le gouvernement provisoire ne fait que transmettre les ordres de l'empereur de Russie. Qui nous absoudra jamais d'avoir obéi à de pareils ordres? Quoi î

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