DÉSERTION DES SOLDATS
vous ne nous permettez pas seulement de sauver notre honneur! Vous devenez vous-même fauteurs delà désertion, provocateurs de la plus montrueuse anarchie ! Les leçons de 1792 et de 1795 sont perdues pour les nouveaux chefs de l'État. Ils cherchent à surprendre notre adhésion, en nous affirmant que Napoléon vient d'abdiquer, et aujourd hui ils nous disent le contraire. Après nous avoir donné un tyran au lieu de l'anarchie, ils remettent l'anarchie à la place du tyran. Quand verrons-nous la (in de ces cruelles oscillations? Paris ne jouit que d'un calme momentané, calme perfide, qui nous présage les plus horribles tempêtes. 0 jours d'affliclion et de flétrissure ! heureux sont ceux qui ne vous ont pas vus ! »
Et deux jours plus tard :
« La désertion continue. Je suis obligé de mettre au Conseil de guerre plusieurs déserteurs qui ont été arrêtés, et qui probablement seront condamnés à mort. Si cela a lieu, je suspendrai l'exécution du jugement, sur ce qu'ils ont pu ignorer la restriction mise à l'arrêté du gouvernement provisoire du 4 avril. Mais, pour le salut de la chose publique, prévenez autant qu'il est en vous, pour la suite, des mesures aussi désastreuses. »
On a prétendu dans le temps que cette dispersion de l'armée impériale ne déplaisait pas aux Bourbons, et que les représentations les plus vives des maréchaux avaient été nécessaires pour les déterminer à s'y opposer.
Le 16 avril, le général Maison écrivit à Carnot que son corps d'armée, et presque la France entière, avaient reconnu Louis XVIII pour souverain, et il lui demanda
sa propre adhésion pour l'envoyer à Paris. Carnot, par des motifs qu'il nous fera connaître tout à l'heure, suspendit sa décision ; il retarda même , jusqu'à des instructions formelles de Paris, l'inauguration du pavillon blanc ; son cœur se révoltait, comme celui du peuple, devant l'abandon des couleurs nationales.
Mais la continuation des hostilités, dans un tel état de choses, eût été déraisonnable et inhumaine. Carnot proposa donc au général Graham, commandant des forces anglaises, une suspension d'armes, dont les conditions furent réglées, et les habitants d'Anvers n'eurent plus à supporter la gène d'un blocus.
Un des premiers soins du gouverneur fut alors de rendre à sa destination l'admirable musée de la ville, que les besoins de la guerre avaient obligé de transformer en hôpital.
Nous empruntons ce qui suit à un précis des événements adressé par Carnot au ministre de la guerre :
« Les journaux ayant fait connaître l'acte formel d'abdication de Napoléon, en date du 11 avril, il n'y eut plus aucun doute sur la nécessité de l'adhésion demandée. Cependant le gouverneur, craignant qu'il ne restât quelque principe de division parmi les troupes, crut qu'il était de sa prudence de retarder encore et de préparer le changement par un nouvel ordre du jour. Les autres membres du Conseil furent tous d'avis opposé; mais le gouverneur, usant des droits que lui attribue l'article 105 du décret impérial du 24 décembre 1811, décida seul, en invitant chacun de ses collègues à consigner son opinion personnelle dans le registre des délibérations. En conséquence, il fit publier le lendemain malin cet ordre du jour, conforme à sa résolution. La parade eut lieu, comme de cou-