‹ Mémoires sur CarnotChapitre 130 sur 235 · PROCLAMATION DU GOUVERNEUR · texte numérisé non relu

PROCLAMATION DU GOUVERNEUR

tume, sur la place de Meir ; tout s'y passa fort bien : « Soldats !

« Nous sommes restés fidèles à l'empereur Napoléon, jusqu'à ce qu'il nous ait lui-même abandonnés. Il vient de renoncer à un pouvoir dont il avait si longtemps abusé; il vient d'abdiquer un empire dont il ne pouvait plus tenir les rênes : nous sommes, à son égard, déliés du serment de fidélité.

<c Quant au nouveau souverain, qui doit être bientôt proclamé, on ne peut raisonnablement douter que ce ne soit Louis XVIII. L'ancienne dynastie va reprendre ses droits ; les descendants de Henri IV vont remonter sur le trône de leurs pères.

a Dans ces circonstances importantes, la garnison ne doit pas perdre de vue qu'elle n'a aucun vœu à émettre. La force armée ne délibère pas; elle obéit aux lois, elle les fait exécuter. Elle serait coupable si elle se prononçait spontanément ou individuellement, parce que c'est l'unité qui fait toute sa force et qu'elle ne doit jamais s'exposer à une divergence d'opinion.

« Le moment approche, sans doute, où nous devrons prêter un nouveau serment à celui qu'aura désigné pour roi l'assentiment général de la nation ; mais nous devons prévenir tout désordre, éviter toute secousse, obéir unanimement. L'instant précis sera donc Cxé par nous; il sera consacré par une solennité. Jusqu'alors nous ne nous permettrons aucun changement, auoun acte partiel ; nous serons fermes à notre poste ; nous garderons religieusement le dépôt sacré qui est entre nos mains , et nous attendrons, en soldats fidèles et incorruptibles, l'heure de le remettre au souverain légitime. »

Le lendemain, le général Graham, commandant de l'armée anglaise, écrivit a Carnet :

« Il est des circonstances qui permettent à peine d'offrir les sentiments qu'on éprouve. J'espère pourtant, général, que vous me permettrez de vous faire parvenir les témoignages de mon admiration sincère pour votre ordre du jour d'hier, que le hasard m'a procuré ; il est tellement sage et juste dans ses principes, qu'il vous assure l'approhalion des soldats de tous les pays. »

Ces principes sont d'accord avec ceux que Carnot avait émis dans les temps les plus passionnés et devant les conjonctures les plus délicates. S'il avait jugé que les droits politiques devaient être respectés sous le drapeau comme dans toute autre condition du citoyen, s*il avait contesté l'obéissance passive parce qu elle lui semblait offrir à un chef ambitieux la dangereuse possibilité de se faire un instrument de son armée, il n'admettait pas davantage qu'une soldatesque mutinée pût se prévaloir de sa force pour imposer ses caprices à la nation.

Le 18, une dernière proclamation termina la crise :

« Soldats !

« Aucun doute raisonnable ne pouvant plus s'élever sur le vœu de la nation française en faveur de la dvnastie des Bourbons, ce serait nous mettre en révolte contre l'autorité légitime que de différer plus longtemps de la reconnaître. Nous avons pu, nous avons dû procéder avec circonspection ; nous avons dû nous assurer que le peuple français ne recevait cette grande loi que de luimême. Un gouvernement établi dans une ville occupée par des armées étrangères, avec lesquelles il n'existe encore aucun traité de paix, a dû quelque temps nous inspirer des craintes sur la liberté de ses délibérations ;

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