RECONNAISSANCE DU GOUVERNEMENT .NOUVEAU
ces craintes sont dissipées par le vœu unanime des villes éloignées du théâtre de la guerre. Honneur à ceux qui ont su réprimer, dans son élan, un zèle indiscret, capable de compromettre la discipline et la sûreté du dépôt confié à nos soins. L'avéncment du nouveau roi au trône de ses ancêtres sera bien plus glorieux appelé par l'amour des peuples que reçu par la terreur des armes. »
Il est certain que les dernières années de l'Empire avaient' tellement lassé le peuple français, qu'il accepta d'abord la Restauration comme un repos désirable.
« Mon cher général, écrivit alors Carnot au ministre de la guerre, ce n'est pas sans peine que j'ai mené ma barque à bon port. 11 m'a fallu traverser bien des écueils; il m'a fallu faire de grands détours pour arriver à un but que nous touchions dès le premier moment. Les difficultés sont venues: 1° de ce que nous avons vu votre aide de camp comme tomber des nues avec une cocarde blanche; 2° de ce que vous m'aviez annoncé positivement l'abdication de Bonaparte, tandis que par les journaux on voyait qu'elle n'était pas donnée; 5° de l'arrêté du gouvernement provisoire qui permet aux conscrits de s'en aller ; 4° d'une cabale qui, tenant fortement à Bonaparte, a faiten sa faveur une résistance inattendue, telle que je ne pouvais plus ordonner l'adhésion de la garnison et des troupes de la marine sans courir le risque le plus évident d'une scission.
« Lorsque cette cabale a vu qu'il n'y avait plus de subterfuge possible, elle a violemment pressé la mesure; mais les têtes étaient encore trop échauffées. J'ai voulu à mon tour marcher prudemment, et je suis
parvenu sans secousse à obtenir le résultat. On n'a pas été aussi heureux à Lille et à Ostende1.
« J'ai fait un précis de tout ce qui s'est passé à cetle occasion ; je vous l'envoie et vous invite à le lire, pour peu que vous ayez du temps. J'ai tâché de ne compromettre personne, quoiqu'il y eût des gens bien coupable», ou du moins bien égarés. Ce précis à été inscrit au registre des délibérations du Conseil de défense, après avoir été entendu et reconnu vrai par tous les membres. L'union la plus parfaite avait régné jusqu'alors, et il a fallu cet événement pour nous diviser. »
Le ministre de la guerre répondit :
« Général, j'ai reçu les différentes pièces que vous m'avez transmises le 10 de ce mois... Je les ai mises sous les yeux de S. A. R. Monsieur, lieutenant général du royaume, qui a vu avec satisfaction la conduite prudente et ferme que vous avez tenue dans cette circonstance difficile.
« Recevez, général, etc.
« Dupont. »
Le même jour, 25 avril, Dupont écrivait particulièrement à Carnot :
« Le traité qui vient d'être signé, mon cher général, va vous ramener parmi nous. La frontière de Vauban est reprise et nous cédons de belles places de guerre.
1 Le général Maison, commandant a Lille, avait été obligé, pour enijiècher la désertion, de tourner ses canons, chargés à mitraille, contre les portes de la ville ; acte de vigueur qui lui avait valu les félicitations du comte d'Artois. Le ministre Dupont, ayant voulu faire entendre au lieutenant général du royaume qu'il serait convenable d'adresser pareillement une lettre au gouverneur d'Anvers qui avait atteint le même but par des moyens de douceur, n'en obtint que cette réponse évasive : • Nous verrons, nous verrons. » Premier témoignage des rancunes qui couvaient dans l'àme des Bourbons.