‹ Mémoires sur CarnotChapitre 132 sur 235 · CESSION DE LA BELGIQUE · texte numérisé non relu

CESSION DE LA BELGIQUE

La paix de l'Europe et le sage gouvernement des Bourbons effaceront à cet égard nos regrets, et nous serons encore une grande puissance.

« Je fais assigner des fonds pour payer sur-le-champ un mois de solde à la garnison d'Anvers. Je partage toute votre sollicitude pour ces braves troupes.

« Ce que vous avez fait a été bien apprécié. La sagesse et l'habileté sont inséparables de vos dispositions. »

Toutes les conquêtes de la République étaient abandonnées par la convention du 25 avril. Le nouveau royaume rentrait dans les limites de l'ancien. De magnifiques provinces devaient être évacuées, cinquante-trois places fortes, encore occupées par nos troupes, livrées avec leur dotation, un milliard et demi de valeur. Sur le conseil de Talleyrand, et sans même attendre l'arrivée du roi, le comte d'Artois céda tout cela d'un trait de plume, avec le laisser-aller, comme on l'a dit, d'un légataire mis en possession d'un héritage inattendu, et qui paye, sans compter, tout ce qu'on lui réclame.

« Nous fûmes dessaisis en un moment de tous les moyens de compensation qui restaient à la France pour obtenir une paix plus honorable1. »

Le sacrifice devait être consommé dans un délai de vingt jours. Carnot ne se sentit pas le courage d'assister au dépouillement de la France; il pria le ministre de donner à quelque autre cette triste commission. Le ministre la proposa à Carnot Feulins, qui refusa d'aller

• Carnot, Exposé de la situation de l'Empire en 1815, p. 27.

rendre aux ennemis une ville glorieusement conservée par son frère.

Carnot fixa son départ au jour même où devait arriver l'officier général, commissaire du gouvernement, chargé de remettre aux mains des étrangers la place d'Anvers avec son matériel d'artillerie et du génie, avec archives, plans, cartes, modèles, etc. Quant à l'arsenal et aux beaux navires qui peuplaient l'Escaut, leur sort n'était que suspendu jusqu'au traité de paix définitif, qui heureusement en conserva un tiers à la France. Aux termes de ce traité, elle aurait tout perdu, si Carnot eût consenti, comme on le lui demandait, à livrer la ville avant le 23 avril. Il avait eu soin aussi de faire accepter en payement, à plusieurs créanciers de l'État, des fers, bronzes et cuivres entassés dans l'arsenal, afin que cela du moins vînt diminuer les pertes du pays.

Écoutons maintenant ses adieux aux Anversois :

« Anvers, 1" mai 1814.

« Le général de division, gouverneur d'Anvers, annonce aux habitants qu'il touche au terme de sa mission.

« 11 ne saurait se séparer d'eux sans leur adresser ses vœux pour la prospérité de leur ville, ses félicitations sur leur conduite franche et courageuse, et sa gratitude pour les marques de confiance dont ils n'ont cessé de l'honorer.

« Il les remercie avec sensibilité des ressources qu'ils lui ont offertes pour l'entretien des troupes, et des secours généreux qu'ils ont prodigués dans toutes les occasions aux soldats blessés.

Page 1