‹ Mémoires sur CarnotChapitre 133 sur 235 · ADIEUX AUX ANVERSOIS · texte numérisé non relu

ADIEUX AUX ANVERSOIS

« Il s'estime heureux d'emporter l'assurance que tous ont rendu justice à la pureté de ses intentions, que les mesures de rigueur qu'il s'est vu quelquefois obligé de prendre lui étaient commandées par des circonstances impérieuses, et qu'enfin, pendant son séjour, grâce au bon esprit dont chacun était animé, Anvers est devenu un asile pour ceux qui fuyaient les malheurs inséparables d'une guerre terrible, plutôt qu'une ville en proie aux privations et aux dévastations qu'entraînent ordinairement un bombardement et un blocus prolongé. « Le général de division, gouverneur,

« Carnot. »

Voilà quelle fut leur réponse :

« Les habitants de cette grande cité voient avec plaisir et reconnaissance le témoignage d'estime que leur donne Son Exc. le général Carnot, gouverneur de cette ville. Ils ont su juger la différence qui existait entre un homme affable, instruit, impartial, sévère, à la vérité, mais juste, et les hommes qui, jugeant au gré de leurs passions ou de leurs caprices, ignorant ou voulant ignorer les causes qui font adopter au peuple telles ou telles opinions, frondant à tort et à travers les usages et les habitudes qui ne sont pas les leurs, ne voyaient dans un peuple paisible et bon que des ennemis prêts à se soulever, et n'éprouvaient que le besoin de la vexation ou de la destruction sans nécessité. Ces hommes ne laissent rien d'eux dans notre ville, comme ils n'en emportent rien .

« Mais vous, général gouverneur, vous nous laissez de grands souvenirs, et vous emportez l'estime et la reconnaissance de presque tous les habitants de celte iî. 23

grande ville. Puisse cet hommage simple et vrai les rappeler encore longtemps à votre souvenir !

« Oui, le nom de Carnot s'associe à celui d'Anvers, et le burin de l'Histoire les réunira. Tout aulre éloge serait superflu. »

Que l'on se reporte à cette époque où le joug de Napoléon était devenu si pesant et où ceux qui commandaient en son nom inspiraient si peu de sympathie; que l'on songe à la disposition naturelle des esprits dans une ville assiégée, dans une ville commerçante où l'état de blocus suspendait toutes les transactions, dans une ville dont la population était étrangère à la France par son langage et ses mœurs ; que l'on se rappelle les mesures sévères imposées au gouverneur par la nécessité de maintenir l'ordre et de pourvoir aux besoins de sa garnison :

On pensera peut-être que, si la justice et la douceur n'avaient point présidé à tous ses actes, un homme de guerre n'aurait point laissé de tels souvenirs dans les cœurs. Il est certain que Carnot avait fini par inspirer personnellement une telle confiance cl une telle affection aux Ànversois, qu'ils ne lui auraient rien refusé.

Les habitants de Borgerhout surtout voyaient en lui un sauveur. La reconnaissance de ces braves gens s'exprima dans des termes naïfs et touchants que je ne puis m'empêcher de transcrire encore :

« Monseigneur,

« Votre Excellence va nous quitter ! Nous eu éprouvons un mortel chagrin. Ah ! si quelque chose pouvait en adoucir l'amertume, ce serait le bonheur de la posséder encore quelques minutes dans nos murs. Nous

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