LES ANVERSOIS A CARNOT
sollicitons celte grâce insigne avec la plus vive instance. Nous la supplions de daigner nous l'accorder. »
Et le lendemain 1er mai :
« Monseigneur,
« Les bienfaits dont les habitants de Saint- VVillebrord ont été comblés par Votre Excellence sont gravés dans leurs cœurs, ils ne s'effaceront jamais ! Le simple monument que nous avons érigé en perpétuera le souvenir.
« Nous eussions donné plus d'éclat aux témoignages de notre reconnaissance, si le destin cruel ne nous eût séparés de la France ! Eh ! comment se livrer à la joie, quand le départ de Votre Excellence est pour nous le signal d'un deuil éternel !
« Votre Excellence nous quitte. Nous ne la reverrons peut-être jamais ! Qu'il serait doux pour nous de conserver les traits du guerrier magnanime à qui nous devons nos fortunes et la vie ! Si Votre Excellence se faisait peindre un jour, et qu'elle daignât faire faire pour nous un double du tableau, les habitants de notre faubourg ne se croiraient plus séparés de leur ange tutélaire. Ce précieux présent sera déposé dans l'église de Saint-Willcbrord.
« Les habitants de Saint-Willebrord et de Borgerhout sollicitent une seconde grâce : de permettre, seulement une fois l'année, à la personne chargée de les administrer, de s'informer de la santé de Votre Excellence, pour laquelle nous adressons au ciel les vœux les plus ardents !
« Veuillez agréer, etc.
« L. Muguet, J. J. Guyot. »
3i8 MÉMOIRES SUR CARNOT.
Le monument dont il s'agit dans celle lettre était une simple pierre placée à l'entrée de Borgerhout. Cette pierre disparut dans les jours de réaction j elle fut, dit-on, enlevée nuitamment. D'autres pierres incrustées dans les murs le long du faubourg et portant cette inscription : Rue Carnoty furent recouvertes de plâtre dans un but de préservation. Mais le souvenir du bienfait était mieux écrit dans le cœur des habitants de Borgerhou que sur la pierre elle-même : ils ne cessèrent point de donner le nom de Carnot à leur grande rue.
Enfin, après 1850, quand les circonstances politiques permirent à ce souvenir de se manifester officiellement, le conseil de régence d'Anvers décida que la pierre élevée en 1814 serait rétablie aux frais de la ville.
L'inauguration du monument eut lieu le 20 juin 1 854, en présence d'une foule considérable, au milieu de laquelle figuraient l'ancien maire de Borgerhout et le vieux curé de Saint-Willebrord. Les couleurs belges, françaises et américaines étaient arborées sur plusieurs édifices ; le faubourg entier offrait l'aspect d'une fêle; il y eut le soir bal et feu d'artifice.
La nouvelle table de marbre, replacée à l'entrée de Borgerhout, à l'endroit même où se trouvait l'ancienne, porte ces mots gravés en lettres d'or :