RETOUR DE CARNOT A PARIS
directement la route de Paris, ramenant avec lui mon frère qui, après avoir fait son noviciat des armes sous les murs de Paris avec l'École polytechnique, était allé le rejoindre à Anvers.
Carnot venait de défendre jusqu'au dernier moment la cause française contre l'étranger. Un autre devoir allait lui être imposé, défendre les principes de la Révolution contre l'esprit réactionnaire : double tâche de sa vie1.
1 Un ouvrage intéressant, qui vient de paraitre en anglais : les Mémoires de Miles Byrne (3 vol., chez Bossange, à Paris) contient un récit succinct du siège d'Anvers, où l'auteur servait comme chef de bataillon dans la légion irlandaise. M. Byrne était un de ces courageux patriotes qui avaient tenté la délivrance de leur pays en 1798, et que l'insuccès de leurs efforts avaient obligés de chercher un asile en France.
Le despotisme avait porté ses frufts.
Ni pendant la vie de Napoléon, ni depuis sa mort, il ne s'est trouvé un jour où l'on ait pu raconter son histoire sans avoir des motifs pour la, dénaturer. La haine et la flatterie ont tenu la plume tour à tour, la flatterie plus souvent, car la haine n'eut qu'un moment de licence, celui qui suivit immédiatement la chute de l'Empire.
Il semble que les malheurs personnels de l'Empereur eussent fait pardonner à sa mémoire ceux qu'il avait attirés sur la France. La tombe, en recouvrant le prisonnier de Sainte-Hélène, adoucit les parquets de la Restauration, peu jaloux de punir des apologies rétrospectives qu'ils supposaient sans danger. Mais lés ennemis des Bourbons se firent du nom de Napoléon une arme contre cette famille : on vanta d'abord le général, pour l'opposer indirectement à des princes peu guer-