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publique : un gouvernement. Les valets du maître lui tournaient le dos à l'exemple de la fortune; chaque revers était le signal d'une défection. Le peuple, épuisé par des exigences auxquelles il ne voyait d'autre but que celui de satisfaire une ambition, se laissait aller à cette indifférence politique qui, née du despotisme, en facilite l'exercice, mais qui prive les empires de toute force au jour du danger. Partout des murmures sourds, des expressions de dégoût et de lassitude, même des vœux contre nos armes.
Où était la France de 92, si rayonnante de patriotisme, marchant contre les rois coalisés, pieds nus, l'estomac vide, mais l'œil animé d'un feu sacré? La servitude l'avait tuée, tandis que son inspiration passait chez les nations étrangères. Celles-ci, à leur tour, combattaient pour l'indépendance ; elles croyaient aussi combattre pour la liberté : Hélas ! La France de 92 avait réuni tous ses enfants pour repousser des co.hortes mercenaires : elle triompha. La France de 1814, attaquée par des peuples, n'avait plus que des soldats pour se défendre : elle succomba*. Vers ses frontières, quelques braves campagnards saisissaient des fourches pour protéger leurs familles et leurs champs ; mais c'était le patriotisme du foyer domestique ; ce' n'était plus le patriotisme révolutionnaire, avec ses grandes aspirations, ses nobles élans, ses héroïques dévouements.
L'histoire désabusée ne dira pas : l'Ère de Napoléon; mais elle dira toujours : YÈre de la Révolution française.
Les étrangers étaient loin de soupçonner l'état moral auquel notre peuple se trouvait réduit. Leurs souvenirs
1 « J'ai eu tort de croire que Ton pouvait résister à l'Europe en chargeant les armes en douze temps. » Paroles de Napoléon.
les rc|)ortaicnt à vingt ans en arrière : on assure qu'à plusieurs reprises ils hésitèrent à fouler le sol français, et qu'après avoir passé le Rhin ils songèrent encore à rétrograder.
La conquête d'un grand peuple n'est possihle que quand sa misère et son mécontentement sont arrivés à un tel degré qu'il croit n'avoir rien à perdre en changeant de servitude. Qui oserait dire que la France eût été vaincue si elle ne se fût abandonnée elle-même 9
Par l'empressement de la France à accepter toute solution, pourvu que ce fût la paix, on peut mesurer la profondeur de sa chute. Carnot dit que « le retour des Bourbons produisit un enthousiasme universel. » 11 dit même que « les anciens républicains partagèrent sincèrement la joie commune. » Carnot écrivait ceci plusieurs mois après la Restauration, et dans un ouvrage qui n'était pas destiné à plaire aux Bourbons ; mais, voulant leur montrer qu'ils faisaient fausse route, il exagérait la lumière du tableau pour en faire ressortir l'ombre; car il ajoute aussitôt : « L'allégresse ne se soutint (ju'un moment. » Plus vives avaient été les espérances, plus amère fut la déception.
Ce qu'il y a de certain, c'est que l'esprit public était fatigué de telle sorte, que la monarchie tempérée paraissait seule possible, même aux yeux des républicains.
En feuilletant un jour les papiers posthumes de Barère, je suis tombé sur un Agenda de 1814, où j'ai copié ces lignes, écrites de sa main en janvier (à celte date c'était une prophétie) :