‹ Mémoires sur CarnotChapitre 141 sur 235 · RÉPONSE A CHATEAUBRIAND · texte numérisé non relu

RÉPONSE A CHATEAUBRIAND

aux héros de la Bible, et reçu ses bienfaits, avant de publier contre lui un libelle plein d'outrages. Carnot était donc mal disposé à l'égard de M. de Chateaubriand, et lorsqu'il le vit au nombre de ses détracteurs, il ne s'en affligea point. Mais, fidèle à la règle qu'il s'était tracée de ne se pas engager dans les polémiques personnelles, il aurait gardé le silence, si les journaux censurés n'eussent pas annoncé que le roi, dans une réception officielle, aux Tuileries, avait fait l'éloge des Réflexions sur quelques écrits du jour. On insinuait même que l'auteur avait été honoré d'une auguste collaboration. Abdiquant alors sa réserve, Carnot prit la plume pour combattre un adversaire derrière lequel il croyait en apercevoir un autre plus important. Voilà ce qui explique son humeur et son extrême vivacité. La première partie de sa réponse fut insérée dans le Censeur européen; la seconde est demeurée inédite, l'événement du 20 mars 1815 étant survenu avant l'apparition d'un nouveau volume de ce recueil.

L'auteur commence par témoigner sa surprise de voir M. de Chateaubriand, après beaucoup d'invectives, arriver à la même conclusion que celui qu'il prétend réfuter : à savoir « que tous les Français n'ont rien de mieux à faire que de se rallier franchement à la Charte constitutionnelle, comme au palladium de la tranquillité et du bonheur public. »

Puis, s attachant à cette phrase imprudente de son agresseur : « Le roi a donné sa parole de tout oublier. Mais le monde, comme le roi, n'a pas donné sa parole : il pourra rompre le silence, » Carnot prend un ton d'ironie ; il songe sans doute à qui s'adresse en réalité le trait qu'il va lancer :

« Certes, nous avons tous la plus entière confiance

dans les promesses du roi ; mais nous ne sommes pas également rassurés sur quelques-unes des personnes qui l'approchent. M. de Chateaubriand nous dit que le roi est fort, très- fort. Nous le croyons et nous le souhaitons tous. Que Sa Majesté veuille donc bien donner ses ordres pour que la Charte constitutionnelle marche; qu'elle veuille bien défendre à M. de Chateaubriand do dire que le roi oublie, mais que le monde n'oublie pas. 11 nous semble que M. de Chateaubriand est aussi intéressé qu'un autre à ce que le monde oublie. »

Reprenant ensuite la thèse du Mémoire au roi avec plus de force que jamais : « Il est de toute fausseté, s'écrie-t-il, que le système de l'émigration soit né du régime de la terreur ; le régime de la terreur, au contraire, naquit du système de l'émigration. »

Mais, après avoir développé une série de preuves à l'appui de son assertion, la colère de l'homme de parti se fond dans cette page inspirée par le cœur :

«Une fois enfin M. de Chateaubriand a trouvé le chemin des âmes honnêtes ; il a parlé à la sensibilité des Français; il leur a dit: les émigrés sont malheureux! quatre mots plus éloquents que tout le reste du livre. Les émigrés sont malheureux ! Nous voilà désarmés ; c'est l'enfant prodigue qui revient sous le toit paternel ; nos bras lui sont ouverts ; nous disons avec transport : Notre frère était mort, et il est ressuscité; il était perdu et il a été retrouvé (Saint-Luc, chap. v). Ainsi les barrières sont tombées entre les émigrés et nous ; tout est oublié de notre part, sinon qu'ils sont Français; tout ce que nous possédons est à eux : qu'ils viennent partager notre gloire; qu'ils viennent partager nos fortunes; rendonsleur tout ce qu'ils peuvent espérer d une nation aimante et généreuse; qu'ils sachent qu'on peut désirer la li-

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