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MENACES DES RÉACTIONNAIRES

« Je l'engageais à faire un voyage en Angleterre; il me répondit que la dépense était trop forte pour sa bourse, et qu'il ne savait pas s'il serait bien accueilli par mes compatriotes. Je le rassurai sur ce point. Le général parlait avec plaisir de II. Fox et de sir Francis Burdett, qu'il avait connus à Paris.

« Je lui demandai s'il se croyait personnellement en sûreté à Paris. — Oui, me répondit-il, la police serait peut-être bien aise de me tracasser, mais j'ai soin de ne lui en fournir aucun prétexte. Je ne fréquente pas les coteries politiques. D'ailleurs, je crois être aimé du soldat et du peuple, et je ne sors guère dans les rues sans en recevoir quelque témoignage. Je n'ose pas dire qu'un acte de violence sur ma personne provoquerait une révolte ; mais certainement l'opinion publique en serait affectée d'une manière très-défavorable pour le gouvernement. »

Le 21 janvier 1815 approchait. Les royalistes, au lieu de solenniser entre eux une douleur de famille, eurent la malheureuse pensée d'ériger cette douleur en injure pour la France, et d'organiser à Saint-Denis une cérémonie expiatoire en l'honneur du dernier roi. De sourdes rumeurs circulèrent : des bandes de fanatiques et de bravi devaient, disait-on, après avoir entendu la lecture du testament où Louis XVI interdit toute vengeance à ses héritiers, se porter aux domiciles des Conventionnels qui habitaient Paris, et couronner la fête par une hécatombe. Jusqu'à quel point le gouvernement lui-même était-il complice ou voulait-il être aveugle? c'est ce qu'il est impossible de dire aujour-

d'hui. Plusieurs des personnes menacées quittèrent momentanément la capitale ou dissimulèrent leur présence. Carnot refusa de les imiter : si le coup venait à manquer seulement par des précautions de ce genre, la tolérance de l'autorité devait, selon lui, encourager les assassins à choisir une meilleure occasion. II résolut de repousser, au besoin, leur attaque par la force, avec un éclat qui ferait appel à l'opinion publique.

Voici ce que m'a écrit un homme bien honorable, que je questionnais sur cet épisode, sachant la part qu'il y avait prise1.

« Frappé par les bruits qui se répandaient, en proie à la plus vive inquiétude, je courus chez votre père et le trouvai parfaitement calme. Il me montra les lettres d'avertissement qu'il avait reçues et me fit connaître sa résolution de tenir tête à l'orage. Je n'avais que mon dévouement à lui offrir. Il me tendit la main ; voici ses propres paroles : « Ces gens-là se perdent et perdront la France avec eux. Quoi qu'il puisse arriver, je ne fuirai pas ; je suis décidé à me défendre dans mon domicile jusqu'à la dernière extrémité. Quelques amis se sont donné rendez-vous ici pour y passer la nuit ; voulezvous être du nombre? »

« Je vous laisse à penser si j'acceptai la proposition avec empressement et bonheur.

« Le soir je trouvai chez M. Carnot l'ami Ransonnel, M. de Briqueville, officier supérieur de lanciers, et huit ou neuf autres personnes que je connaissais moins. Nous étions, je crois, douze, la plupart militaires. Le général nous dit un mot de ses préparatifs de défense ; le propriétaire de la maison qu'il habitait, entre cour et

1 M. Descoutures, alors avocat à Paris, plus tard juge au Tribunal de la Seine et aujourd'hui conseiller honoraire a la Cour de Limoges.

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