‹ Mémoires sur CarnotChapitre 147 sur 235 · MENACES DES RÉACTIONNAIRES · texte numérisé non relu

MENACES DES RÉACTIONNAIRES

jardin', lui avait remis toutes les clefs, avec plein pouvoir d'user du logis comme il l'entendrait. L'escalier était barricadé; nous avions des armes et des, munitions. J'entre dans ces détails pour vous prouver que votre père, qui n'était pas facile à effrayer, avait pris la chose au sérieux. Sa belle et noble figure ne trahissait d'ailleurs aucune émotion ; il plaisantait sur ce nouvel emploi de son métier d'ingénieur et de commandant de place.

« Gomme nous étions assez éloignés du centre de Paris, nous jugeâmes nécessaire de faire quelques patrouilles pour nous enquérir de la situation.

« Pendant tout le jour la ville avait eu cet aspect sombre et soucieux qui annonce des événements. Le soir, les mes étaient silencieuses et désertes ; à huit heures les boutiques étaient fermées, les réverbères éclairaient mal, les voitures ne circulaient point; nous ne trouvâmes qu'un petit nombre de cafés ouverts et à peu près vides.

« Le complot était abandonné ou ajourné, soit :jue des considérations d'humanité ou des considérations de simple prudence eussent prévaju. Le cortège du 21 janvier fut nombreux; au retour, des cris de vengeance furent articulés ; mais la démonstration n'alla pas plus loin.

« La petite garnison du n* 44 demeura réunie jusqu'au matin, abrégeant le temps par des conversations graves. Plusieurs des hommes qui la composaient s'étaient rencontrés là pour la première fois, et celte veille des armes devint pour eux le point de départ «l'une liaison amicale. »

1 Bue Saint-Louis, 4i, au Marais.

Après cette alerte, Carnot poursuivit ses occupations habituelles ; son dernier Dialogue parut dans le Véridique le 2 mars : nous voilà bien près de la crise.

Relativement à cette crise, Carnot, dans Y Expose de sa conduite politique, fait la déclaration suivante :

« J'affirme que, ni directement ni indirectement, je n'ai pris aucune part aux tentatives qui ont pu être faites pour le retour de Napoléon ; que je n'ai entretenu aucune correspondance à ce sujet, et que je n'ai eu connaissance d'aucune correspondance entretenue par d'autres ; que je n'ai assisté à aucune réunion particulière, à aucun conciliabule ; qu'enfin j'ai partagé l'étonnement universel lorsque j'ai appris sa descente sur les côtes de France. »

Dans la même publication il raconte ce fait : « Peu de jours après l'arrivée de Bonaparte à Cannes, et lorsqu'il pouvait être près de Lyon, M. de Roman, l'un des commandants de la garde nationale de Paris, et officier dans les mousquetaires, après s'être plusieurs fois présenté chez moi sans me rencontrer, vint un soir, comme je m'y trouvais avec deux de mes parents. Il parut avoir quelque chose de secret à me communiquer ; je rengageai à parler avec la même ouverture que si j étais seul. Il me dit qu'il était fort inquiet sur les événements qui semblaient se préparer; qu'il élait royaliste, qu'il avait une fortune considérable, et qu'il craignait fort de la perdre en suivant le roi, comme il était de son devoir de le faire, et comme cela était dans son inclination, si Sa Majesté se voyait obligée de quitter Paris. — Je crois, monsieur, lui répondis-je, que

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