‹ Mémoires sur CarnotChapitre 15 sur 235 · LES CLUBS. LA PRESSE · texte numérisé non relu

LES CLUBS. LA PRESSE

Révolution, et des hommes adorateurs de l'anarchie, qui voudraient révolutionner toujours. »

Les deux partis exploitaient à l'envi contre le Directoire les difficultés créées par le passé : les sacrifices d'hommes et d'argent qu'il fallait demander pour y faire face lui étaient attribués à titre de mauvaise administralion ou de tyrannie; on lui en voulait de la détresse publique qu'il s'efforçait d'atténuer.

C'est dans 1rs clubs que s'agitaient les pensées de destruction du gouvernement. Celui-ci résolut de fermer (es plus dangereux : la Société du Panthéon, où se réunissaient les ultra-révolutionnaires, souvent en armes, et qu'appuyait le Tribun du peuple, rédigé par Babcnl avec peu de talent et beaucoup de violence; puis quelques cercles fréquentés par les royalistes. Le pouvoir exécutif ne faisait qu'obéir à la Constitution, qui prohibait ces assemblées, et « dans cette entreprise nécessaire, imposée par la loi, tous les membres du Directoire furent unanimes et invariables. » Ce sont les termes <tu message adressé, le 0 ventôse, au Corps législatif. Nous avons exposé ailleurs l'opinion personnelle de Carnol sur les clubs en général*.

Le Directoire voulut provoquer des lois contre la presse ; Carnot ne fut pas de cet avis.

« Je trouve que l'abus de la liberté de la presse est un grand mal, mais que c'est un plus grand mal encore de vouloir en fixer les limites. Je crois que la licence de la presse trouve en elle-même, à la longue, le remède aux maux qu'elle produit- qu'il n'y a ni liberté civile ni liberté politique là où il n'y a pas liberté de la presse; qu'il faut nécessairement ou se soumettre à un gouver-

nemenl arbitraire ou se résoudre à supporter les faiseurs de gazettes. Tel est mon système, faux peut-être, mais qu'on peut, je crois, soutenir sans crime. Je l'ai souvent exposé au Directoire; c'était pour lui un langage inintelligible : autant vaudrait proposer au Grand Turc d'ouvrir son sérail à toute la jeunesse deConstantinople. »

Le silence forcé des sociétés politiques dérouta les agitateurs; mais peut-être, en leur fermant brusquement la bouche, contribua-t-on à transformer plus rapidement la parole en action. Deux assauts se préparaient contre le Directoire; les ultra-révolutionnaires portèrent le premier coup.

« Après la fermeture du Panthéon, » dit Carnot, « les anarchistes ne se rebutèrent point : chaque jour c'étaient de nouvelles tentatives de leur part. On se contentait de les disperser; on ne sévissait contre aucun. L'impunité les enhardit; d'autant que nous étions, par rapport à eux, ce qu'est un homme qui, se battant en duel avec un autre, ne fait que parer les coups de son adversaire, sans jamais riposter. Quelque maladroit que soit cel adversaire, il est certain qu'il doit finir par tuer son ennemi. La République eût succombé de même infailliblement, sans l'arrestation de Babeuf et de ses complices. »

Ce parti babouviste, qualifié sévèrement ici, comptait pourtant des cœurs généreux, entraînés par un aveugle fanatisme : témoin Buonarotti, son historien, que nous avons tous estimé. Mais on y voyait s'agiter en grand nombre ces esprits brouillons qui effrayent la masse pacifique, et qui fournissent aux réactionnaires un prétexte pour se poser en sauveurs de la société; en plus grand nombre encore, des ambitieux mécontents : Conventionnels non réélus au Corps législatif, fonctionnaires du

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