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CONSPIRATION DE BABEUF

précédent gouvernement non replacés par le nouveau, militaires que la nécessité des économies avait obligé de mettre à la retraite. Le Directoire étant né du canon révolutionnaire, tout révolutionnaire se regardait comme son créancier; et la Société du Panthéon devint un instrument au service des exigences les plus insensées : on s'y occupait beaucoup de la distribution des emplois publics, et il en partait souvent des députations chargées de placets très-impérieux pour le Directoire. Chaque demande de ce genre causait une impatience, chaque refus une irritation, centuplée par les commentaires du club. Combien y a-t-il de là au projet d'arracher par la force ce que des obsessions que l'on croil justes n'ont pas obtenu?

Voilà bien tous les éléments d'une émeute ou d'une conspiration.

Ce fut une conspiration qui se forma; elle fit surtout des recrues dans la Léyion de police* composée en grande partie de soldats qui avaient servi la Commune de Paris, et qui en avaient conservé l'esprit. Aussi fut on obligé de la licencier par mesure de précaution. « La chose publique courut alors un danger que peu de personnes ont apprécié, » dit Carnot.

Le chef de la conspiration, Gracchus Babeuf, n'avait guère d'autre titre à l'autorité que de se montrer le plus fougueux et le plus déraisonnable. Homme de moyens bornés, dont le passé n'était pas sans reproche, mais sincère dans le vagabondage de son cerveau, victime de sa propre vanité, il manquait d'assiette et de bon sens ; il se disait et se croyait sans doute le disciple de Robespierre et de Saint-Just, qu'il devait avoir fort mal étudiés : l'erreur de faire remonter à eux ses théories communistes en est la preuve.

Saint-Just et Robespierre, prenant des conclusions au sujet des domaines nationaux, loin de vouloir les mettre en commun, avaient proposé de les distribuer ou de les vendre par petits lots. C'est tout simplement le projet de Mirabeau. Saint-Just, dans ses Institutions républicaines, résout aussi la question du paupérisme par un morcellement de la propriélé : «Il faut, dit-il, donner quelques terres à tout le monde. » Rien assurément n'est plus éloigné des théories communistes. Quant à Robespierre, veut-on savoir comment il qualifiait toute loi agraire? « Une extravagante imposture, un fantôme inventé par les intrigants pour épouvanter les imbéciles.»

Mais, nous l'avons dit, et il convient de le répéter ici, ces révolutionnaires si dogmatiques en apparence, et si imperturbables dans leur marche, avaient été fort indécis sur les doctrines les plus fondamentales. De sorte que les communistes pouvaient découper quelques phrases dans l'ensemble de leur œuvre écrite ou parlée, en ne tenant pas compte du reste.

Au fond, pour la grande majorité des hommes engagés avec Babeuf, le patronage de Robespierre n'était qu'un patronage politique: ils lavaient choisi comme l'expression la plus énergique du Jacobinisme et de la Terreur, qu'ils voulaient remettre à l'ordre du jour. Rs avaient également choisi pour drapeau la Constitution de 9ô, bien qu'elle proclamât et consacrât la propriélé individuelle. Mais la Constitution de 95, n'ayant jamais été pratiquée, avait la valeur d'un évangile occulte : on pouvait tout promettre en son nom.

Au reste, les contradictions abondent dans cette affaire. Babeuf, qui invoque Robespierre, l'avait maudit sous les noms d'empereur Maximilien, de Maximilien le Cruel, et avait applaudi bruyamment à sa chute; ses associés :

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