‹ Mémoires sur CarnotChapitre 153 sur 235 · CARNOT ACCEPTE UN NINISTÈRE · texte numérisé non relu

CARNOT ACCEPTE UN NINISTÈRE

— Nous ne l'avons jamais été quand il s'est agi des intérêts de la France © répondit Carnot.

— C'est vrai! » dit l'Empereur. .

Leur conversation fut assez longue. Napoléon parla beaucoup de sa sortie de l'île d'Elbe ; il entretint Carnot de ses projets et de ses espérances ; il répéta plusieurs fois qu'il n'avait plus qu un seul vœu : défendre le sol national et se consacrer tout entier aux améliorations intérieures de la France.

Carnot rentra chez lui pour la première fois depuis huit jours. Il y était avec ses frères, le soir, lorsque, vers dix heures et demie, un message de l'Empereur l'appela de nouveau aux Tuileries.

Napoléon se trouvait en compagnie de Monge et de la reine Hortense. Après un court préambule, ou plutôt «ans préambule, il dit à Carnot :

« Je vous ai nommé ministre de l'intérieur. »

Carnot fut surpris ; puis, après une minute de réflexion :

« Je ne saurais en ce moment rien refuser à Votre Majesté, dit-il ; mais le poste que vous m'offrez est étranger à mes antécédents. Je serais plus utile à la guerre.

— J'y ai naturellement songé, reprit Napoléon ; mais votre apparition au ministère de la guerre semblerait annoncer à l'Europe que j'ai l'intention d'engager une grande lutte ; et vous savez que tous mes vœux sont pour la paix. »

Ensuite il ajouta :

a Quand on a comme vous le compas dans l'œil, on voit juste en tout.

— Je ne puis que répéter à Votre Majesté qu'il ne m'est pas permis de lui rien refuser en ce moment. »

il u MÉMOIRES SUR CARNOT.

La nomination de Carnol fut l'objet d'un décret isolé, postérieur d'un jour à la constitution du ministère, il paraît que Napoléon, lorsqu'il voulut former son cabinet, trouva peu d'empressement chez les hommes les plus attachés naguère à sa fortune. Plusieurs avaient employé l'année de son absence à se justifier auprès des Bourbons du crime d'avoir servi l 'usurpateur ; ce souvenir, |)eut-être, les gênait ; peut-être aussi n'avaient-ils qu'une médiocre confiance dans la dune du nouvel établissement. D'autres étaient profondément décourages de toutes choses. Cambacérès, Caulaincourt, Maret lui-même, ne cédèrent qu'à des instances réitérées. M. Molé refusa le portefeuille de l intérieur, mais il sollicita le poste moins compromettant de directeur général des Ponts et chaussées1. C'est alors que, sur les conseils du duc de Bassano, Xapoléon se décida à faire des ouvertures à Camot. H ne rencontra chez celui-ci ni refus ni hésitation : Carnot, exclusivement attaché à la fortune de la France, était disjiosé, comme toujours, à se perdre avec elle, si elle devait être perdue.

Caton, dit Plutarque, après avoir été opposé à Pompée, se rangea de son parti, et Pompée l'en ayant remercié, « Catou luy respondit que ny il n'avoit dit ce qu'il avoit dit au para vaut pour aucune ma Ivueil lance qu'il lui portasL, ny ce dernier ad vis aussi pour bien qu'il luy voulust, «uns le tout pour ie bien et l'utilité de la chose publique. »

Les motifs qui déterminèrent Carnot à se rapprocher de l'Empereur pendant les Cent Jours, s'ils n'étaient mis

1 L'Empereur lui garda sans doule un peu rancune de son refus. On ne saurait expliquer au! renient cette note de mon père sur une feuille de travail du Si mars : c Je lui parle favorablement à» conte Molé. •

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