‹ Mémoires sur CarnotChapitre 156 sur 235 · CARNOT EXPLIQUE SA CONDUITE · texte numérisé non relu

CARNOT EXPLIQUE SA CONDUITE

avantages que pourrait offrir la mort de Napoléon axant l'ouverture des hostilités.

( ai nui a pris soin, plus tard, de définir son attitude devant l'Empereur. 11 Ta lait en ces ternies dans un exposé de sa conduite politique publié sons les Bourbons :

« J'ai accepté sans peine la place qui m a été projK)sée par PEmperear, parce que j'ai eu l'espoir d'y faire le bien. J'ai cm, et je crois encore, que Napoléon était revenu avec le désir sincère de conserver la paix et de gouverner paternellement. J'ai cru que les alliés ne voudraient pas rapporter la désolation dans un pays dont le vœu était si fortement prononcé pour la tranquillité de l'Europe. La persuasion générale était que l'Empereur n'avait pu quitter l'île d'Elbe qu'avec Tassentiment d'une partie des membres du congres de Vienne, et que sous peu de jours nous reverrions l'Impératrice et son fils. On ne doutait pas que les puissances ne nous laissassent, comme elles l'avaient tant de fois protesté, choisir le gouvernement qui nous conviendrait, pourvu que nous demeurassions fidèles aux stipulations du traité de Paris. Au lieu de cela, Napoléon s'est vu tout à coup assailli par les puissances réunies, obligé de se préparer en toute hâte à une guerre terrible, contraint de lever sur-le-champ des hommes et de mettre en œuvre toutes les ressources de l'État. De là ces mesures extraordinaires et forcées, qui ont commencé à le faire dévier de la ligne qu'il s'était tracée, du système de modération qu'il avait annoncé d'abord, et que, dans ma persuasion, il avait annoncé de bonne

« Souvent, me trouvant seul avec lui, je l'ai entendu déplorer cette manie de conquêtes qui l'avait entraîné

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à de si fatales erreurs, et gémir de voir le sort de la patrie exposé à de nouvelles chances. Il ne pouvait concevoir que Marie-Louise et son fils ne fussent pas des gages assurés d'une alliance qui n'avait pu, disait-il, être rompue que par une exaspération momentanée. Oui, j'en conviens, j'ai partagé ces sentiments ; je me suis flatté de voir nos désastres finis, de pouvoir faire tourner désormais les ressources de l'État aux progrès de l'industrie, au soulagement de la classe indigente, au perfectionnement de l'instruction publique. J'ai joui en moi-même, dans la pensée qu'en ma qualité de ministre de l'intérieur je pouvais devenir l'un des agents principaux de ces heureux changements.

« Mais, peut-on me dire, vous avez dû être bientôt désabusé des vaines promesses de Bonaparte, lorsque vous l'avez vu reprendre sa marche dictatoriale ; et alors, pourquoi ne pas donner votre démission, comme vous l'aviez déjà fait étant ministre de la guerre?

« Je réponds que je n'ai pas été entièrement désabusé par cette marche dictatoriale, à laquelle, il est vrai, l'on pouvait ne pas s'attendre d'après les maximes que Napoléon venait de proclamer ; mais qui tenait principalement aux mesures extraordinaires qu'il se voyait forcé de prendre avec tant de précipitation. Je fus blâmé autrefois, par beaucoup de personnes très-bien intentionnées, d'avoir abandonné le ministère de la guerre pour une cause à peu près semblable : on prétendait qu'en restant j'aurais pu au moins diminuer le mal par 9 mes conseils. C'est ce que j'ai tâché de faire dans cette nouvelle période : j'ai profité de la confiance que l'Empereur paraissait m'avoir accordée pour le détourner des actes arbitraires auxquels il était si naturellement porté. Je lui ai parlé avec mon indépendance accoutu-

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